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30/12/2015

La Maison-forte ou Bastionnet (6)...les transformations au cours du temps

Au XIIIème siècle:

  • Recouvrement en pierre du colombage
  • Au pignon nord, construction de la tour

Au XVIème siècle: Sous les de Lalaing, aménagement du bastionnet en résidence; ce dernier quitte sa fonction de tour de défense.

Au XVIIème siècle, sous la famille d'Arenberg:

 

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Façade ouest de l'extension

 

  • Suppression de la terrée (= monticule).
  • Caves restaurées et voûtées.
  • Le pignon sud du bastionnet est démoli et est remplacé par un mur de réfend.
  • Des communications sont établies à tous les niveaux entre l'ancien bastionnet et les extensions. 
  • La toiture est rénovée à 2 versants appuyée sur les pignons.
  • Une grande pierre aux armes d'Arenberg est placée au dessus de la porte d'entrée, façade ouest. 

 

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  •  L'ancienne porte d'entrée est transformée en fenêtre.
  • Deux nouvelles fenêtres sont percées en façade ouest.
  • Dans la tour, une prison (dite oubliette) est installée plus bas que le niveau des caves; une porte y est placée à un mètre de hauteur de même qu'une grille à barreaux, de sorte que les coupables ne peuvent s'y échapper. La porte était munie de pentures énormes et d'une serrure gigantesque.

 

Vers la prison... (Copier).JPG

  • Dans le haut de la tour, les latrines sont supprimées.
  • L'ancien cellier du bastionnet fait également office de prison, des anneaux d'entrave sont scellés dans voûte, les prisonniers y sont enchaînés. 

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  • La brétèque sur le contrefort est abbatue et une baie y est percée.
  • des douves rectangulaires entourent l'ensemble du château.

Au XVIIIème siècle: construction de l'aile sud est (Ci-dessous).

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Héraldique des armoiries d'Arenberg 

Armoiries d'Arenberg (Copier).JPG

 

De gueules à trois fleurs de néflier d'or percées du champ, l'écu sommé du bonnet ducal du Saint-Empire et supporté à dextre par un lion couronné d'or et à senestre par un griffon couronné d'or. Les armoiries portent le collier de la toison d'or.

Extraits des archives....

15 octobre 1518:..."terre devant la porte de notre bastionnet d'Hussignies..."

3 février 1538: ...."auprès la thour d'icelle ville d'Hunchenies..."

8 janvier 1540: ...."pasture tenant à la maison du seigneur...."

15 mai 1582:...."chemin qui va de la dite kemoigne au chasteau du dit Hunchenies..."

La famille d'Arenberg....

Ils seront seigneurs d'Huissignies jusqu'à la révolution française et resteront propriétaires jusqu'en 1871.

A la mort de Prospère-Louis duc d'Arenberg, le notaire Vandenhouten procède le 7 septembre 1863 au partage de ses biens; le bastionnet revient à la princesse Elisabeth Thérèse Engelberte Leonarda Borghese ou Aldobrandini qui le revend à Florimond Malaise et à ses enfants suivant acte reçu par le notaire Le Tellier d'Ath le 23 février 1871. La princesse est la fille de Marie-Flore d'Arenberg, elle a épousé son Excellence Don Filippo, Prince Lancelloti, propriétaire à Rome. Le moulin à eau et probablement les terres feront aussi partie de l'héritage de la Princesse italienne acté à Ath la même date. 

Les différents châtelains ou baillis

Les divers seigneurs n'ont jamais résidés à Huissignies, ils avaient pour les remplacer un châtelain qui étaient leur bailli, greffier ou receveur.

Voici quelques uns de ces châtelains:

Jacques Daix, Bailly de la terre d'Huncegnies (Actes de 1548-1551)

Robert de Hauport résidant au château d'Huissignies (Actes du 15 mai 1582 et du 10 novembre 1616)

Fin décembre 1693, Mr Trympont, Bailly de la terre et seigneurie d'Husseignies meurt au château.

1803-1804-1806: Athanase Pennincq, originaire de Tournai, célibataire, maire d'Husseignies habite le château; il y décèdera en 1806 âgé de 62 ans.

Jean Baptiste Brison, Bailly de la terre et village d'Husseignies.. 

Quelle était le rôle du bailli...?

Il était donc le représentant du seigneur surtout en ce qui concerne la surveillance du village et l'administration de la justice. Il était en quelque sorte le seigneur sans en avoir les titres.

  • Il nommait et révoquait le mayeur, les échevins (ou les conseillers communaux), le sergent (garde-champêtre ou policier de quartier aujourd'hui), les messiers (gardiens des récoltes).
  • Il contrôlait et approuvait les comptes du massard (receveur communal), ainsi que ceux du mambour (receveur aussi) des pauvres et de l'église.
  • Il présidait les réunions de la cour féodale.
  • Il était également le receveur des droits seigneuriaux: revenus, taxes et amendes, reliefs et dénombrement des fiefs.
  • Il avait aussi dans ses attributions les affaires de haute justice; il était président de la cour féodale où l'on s'occupait des affaires criminelles, des délits divers et contraventions. 

 Les autres propriétaires après les d'Arenberg....

A partir de 1871: Florimond Malaise, riche commerçant de Beloeil.

En 1877: les enfants de Florimont Malaise.

En 1905: Le doyen Michaux de Beloeil

En 1907: Honoré Dumest, éleveur.

En 1909: Henri Houx

En 1938: Robert Houx

En 1961: Sylva Houx

En 1962: Jean-Marie Legros, restaurateur à Tertre.

A partir de 1964: la famille Detrain de Beloeil qui fera procéder à la restauration.

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04/07/2015

La Maison-Forte ou Bastionnet (5): La chapelle castrale

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Sur la face "côté est" du bastionnet, on observe directement que le pilastre de la façade est a été mutilé dans sa hauteur, la modification dans la maçonnerie est frappante.

René Sansen a prouvé que ce pilastre était plein de maçonnerie et les sondages n'ont rien révèlé.

A l'étage, il a trouvé à cet endroit une large baie  ménagée dans le colombage; baie qui donnait accès à une sorte de loggia ayant posé sur le contrefort.

René Sansen y voit l'emplacement de la chapelle du bastionnet qui n'était bien sûr qu'un modeste oratoire.

Pourquoi une chapelle dans un donjon fortifié....?

Les antagonistes de ce temps étaient animés, les uns et les autres, d'une crainte supersticieuse, sinon d'un respect pour les choses sacrées.

Personne, sous peine de sacrilège, n'aurait osé forcer une place du côté de la chapelle. Celle-ci constituait donc dans la défense, une zone protégée par une sorte d'accord tacite.

Sur d'autres sites médiévaux, on observe souvent que les chapelles sont bâties sur de solides blocs de maçonnerie défiant la sape et le bélier.

La chapelle Sainte-Cécile et sa pierre d'autel...

Les textes disent que la chapelle était placée sous l'invocation de Sainte-Cécile (*).

René Sansenn situe donc la chapelle dans une alcôve surmontant le pilastre.  

Il retrouva dans les décombres la pierre d'autel de la chapelle castrale.

 

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C'était une dalle de 20 cm d'épaisseur , longue d'1m25cm et large de 80 cm; on pouvait y apercevoir la cavité qui recueillait la relique.

Il semble d'après lui que la chapelle suivit ensuite les résidents dans leurs pérégrinations à l'intérieur de la bâtisse. Probablement qu'au XVIème, la chapelle fut réaménagée au rez-de-chaussée. Il y découvrit l'emplacement d'une baie garnie d'un ciel d'autel peint en bleu azur et parsemé d'étoiles. 

 (*) 26 mars 1619....Georges de baye de Beloeil doit une rente de 10 sols à la chapelle Sainte-Cécile à Huissignies.....

D'autre part, l'Abbé Demeuldre signale que la chapelle est mentionnée dans les régistres de la paroisse en qualité de chapelle castrale.

 

20/06/2015

La Maison-Forte ou Bastionnet (4): la tour et la herse

 

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La tour 

Au pignon nord, est accolée une sorte de tour de plan semi-elliptique dont la construction  aurait suivi de peu celle du bastionnet. 

On y pénétrait à l'époque par une porte percée dans le pignon à hauteur de la cave.

 

numérisation0005 (Copier) (2).jpg(René Sansen)

 

Dans sa hauteur, la tour était coupée par un premier niveau correspondant au carrelage de l’étage. 

Cette seconde partie de la tour servait de lieu de retraite, d’aisance aménagée après coup. Le conduit se vidangeait par des sorties inférieures maçonnées et démaçonnées suivant les nécessités qui aboutissaient dans un puits perdu. 

Au dessus du lieu d’aisance, se trouvait un colombier dans lequel on aboutissait en passant par le grenier du bastionnet.

Le colombier était inséparable de tout ensemble appelé à être défendu.

Que ce soit un château, une abbaye ou une ferme-forte, chacun avait son colombier soigneusement organisé pour prévenir les alliés d’un danger et leur demander aide. C’était pour l’époque le seul moyen rapide et sûr de communiquer en quelques minutes avec les châteaux voisins. 

Conclusion :

Colombier dans sa partie haute, "lieu d'aisance" plus bas....cette tour avait pour mission essentielle d’être un observatoire.

Il se peut que le bas ait servi de prison plus tard...après avoir mis hors d’usage le lieu d’aisance du 1er étage !!

 

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Photo intérieure actuelle de la tour

Le système défensif: la herse 

Le premier élément défensif d’un château qui se présentait à l’assaillant était le pont-levis ou la herse. 

Ce bâtiment n’était pas isolé de son environnement par un mur d’enceinte mais par des douves. 

La porte d’entrée se trouvait sur la façade ouest à un niveau supérieur de plus d’un mètre du sol ; on l’a transformée en fenêtre. 

Un fléau intérieur et d’énormes verrous renforçaient l’entrée et à l’extérieur de celle-ci la herse coulissante rendait l’entrée inviolable comme l’explique René Sansen.  

Celui-ci a pu identifier la façon avec laquelle la herse  était actionnée.   

Le remaniement des pierres au-dessus de la fenêtre a d’abord attiré son attention ; ensuite en enlevant quelques pierres, il a mis à jour une cavité verticale qui se prolongeait par la fenêtre du dessus jusqu’au grenier.

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Il avait donc par cette recherche put identifier la glissière totale de la herse actionnée par une corde de traction tirée à partir du grenier. 

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Le passage de la corde dans le linteau de la petite fenêtre est toujours visible aujourd'hui.

Au temps de l’étude de René Sansen (vers 1963), les vestiges du mécanisme de la herse étaient encore présents.

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 Reproduction du mécanisme de la herse selon René Sansen

Des ferrailles ayant supporté un rouleau étaient encore cloués dans les chevrons (C) ; Ce rouleau ayant servi à dévier la corde vers un moulinet à bras tournant (B). le tambour de ce moulinet se trouvait encore là ; A chaque extrémité de ce tambour étaient fixézs des bras en croix permettant à 2 hommes de lever le lourd encadrement en bois constituant la herse.  

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Une herse sur un autre site médiéval 

Sources: La maison-forte de Huissignies de René Sansen; Le bastionnet d'Huissignies de Charles Dens; Thèse de doctorat de Michel de Waha, Châteaux et chevaliers au Moyen-Age en Hainaut (Collectif du Crédit Communal de Belgique).  

 Suite sur la maison-forte à la prochaine rubrique.....

 

 

30/05/2015

La Maison-Forte ou Bastionnet (3): l'état d'origine... suite

Les différents niveaux du bastionnet

 

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  • Le cellier, primitivement réservé au seul stockage des provisions, deviendra plus tard, comme tous ses pareils, une prison comme en témoignent les anneaux d'entrave encore aujourd'hui scellés dans la voûte. Le bastionnet a suivi en cela la reconversion des donjons du Moyen Age.

 

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  •  Le niveau entre le cellier et le rez-de-chaussée était une "terrée" étalée sur un puissant gîtage engagé dans les murs latéraux. L'épaisseur de la terrée devait atteindre environ 50 cm. Une voûte en briques remplace maintenant la pesante masse de matériaux. Cette terrée avait pour but d'isoler du feu les gîtages aux différents niveaux de construction; la terrée absorbait la chaleur ardente des bûches brûlant à même le sol dans les immenses cheminées. Le danger d'incendie était important à cette époque.
  • La salle d'armes, cad l'endroit où étaient entreposées les armes de l'époque, au rez-de-chaussée avec le foyer sur la terrée.
  • A l'étage, le logis et le corps de garde et la vigie dans un premier temps.

L’étage en maçonnerie et en colombage…

Les murs ont une épaisseur de 1 mètre à la base; à l’étage d’au dessus, ils n’ont plus que 50 cm d’épaisseur. 

A l’étage, René Sansen a découvert que les 50 cm laissés libres dans la maçonnerie étaient comblés par une structure traditionnelle de bois en colombage. 

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Détail du colombage et d'une fenêtre (René Sansen)

Donc en conclusion :

  • 1m de maçonnerie an bas
  • 50 cm de maçonnerie à partir du cordon de pierre ceinturant la bâtiment à mi-hauteur  + une structure de bois noyée dans la maçonnerie; ce qui fait dire à Michel de Waha qu’il ne s’agit plus d’un donjon mais d’une « maison-forte » qui ne peut soutenir le moindre siège, la structure de pierre étant trop faible pour résister aux engins de siège. L’étage est dépourvu de toute défense. Les murs sont trop minces et ne peuvent assurer aucune protection contre un ennemi disposant de moyens d’attaque plus élaborés.

 (Photo de René Sansen)numérisation0006.jpg

  • La partie supérieure était un colombage avec murs en pisé percés de nombreuses ouvertures. Le cadrage du gîtage débordait largement sur l'ensemble, la saillie était supportée par des contre-fiches.

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  •  Une toiture à 4 pans recouverte de tuiles plates à talon surplombait l'ensemble. René Sansen a retrouvé des tuiles plates de 26.5 cm sur 17 cm vernissées de couleurs jaune, brune, verte et noire; ce qui laisse penser que la toiture du bastionnet était à l'origine ornée de tuiles de couleur comme on peut voir par exemple à l'hôpital de Beaune. 

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  • René Sansen pense que le colombage, à l'origine, se trouvait à l'air libre. Assez tôt, il aurait été recouvert d'une carapace de pierre sans que rien n'eut été démonté.  

Sources: La maison-forte de Huissignies de René Sansen; Le bastionnet d'Huissignies de Charles Dens; Thèse de doctorat de Michel de Waha, Châteaux et chevaliers au Moyen-Age en Hainaut (Collectif du Crédit Communal de Belgique).  

 

 

16/05/2015

La Maison-forte ou Bastionnet (2): l'état primitif, le donjon.

Analyse de l’’état primitif du bâtiment…la première partie de la construction avait toutes les caractéristiques d’un donjon traditionnel.  

Partie du 13ème siècle - Copie.JPG

Face "côté est" de la partie ancienne du XIIIème siècle limitée par les contreforts

« Devant la porte de notre bastionnet », dit en 1517, le sire de Lalaing, seigneur du lieu.  (Archives scabinales de Husseignies) 

En première analyse visuelle, il est aisé de partager le bâtiment en 2 parts:

  • la partie nord proche de la route, la plus ancienne du XIIIème siècle (Michel de Waha)
  •  la partie sud qui est une extension entamée fin XVIème siècle sous les de Lalaing.  

 Au premier abord, cette première partie du bâtiment rassemble les caractères des donjons traditionnels en ce qui est la structure et la disposition des niveaux.

Une petite garnison pouvait y résider temporairement pour résister aux assauts des bandes armées qui infestaient la région, soutenir un siège ou opérer des sorties suivies de dégagements rapides et sûrs. Nous ignorons le nombre de soldats qui pouvaient y résider.

La partie la plus ancienne se présente comme un rectangle de 12 m de long sur 6.8 m de large orienté Nord-Sud; la hauteur est égale à la longueur.

  • Les murailles sont appareillées en pierre de grès tirées d’une des nombreuses carrières de la région exploitées dès l’époque romaine. La maçonnerie est levée en assises régulières tout en compensant convenablement les différences de calibre des pierres. 

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  • Aux extrémités, s’établissent 4 contreforts dont 3 sont conservés. Ils saillent de 90 cm pour une largeur de 45 cm. La recherche des proportions semble évidente.

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  • Un cordon de pierre ceinture le bâtiment à mi-hauteur. 

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  • Dans chaque long côté, on ménagea 3 fenêtres de dimensions assez restreintes qui se situent assez haut et des crochets de fer toujours présents indiquent qu’elles pouvaient être protégées par des mantelets (sorte de volets en bois que l’on pouvait descendre). Les fenêtres sont sommées de linteaux en bâtière ou en demi cercle.

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  • L’aspect extérieur de l’étage est identique à celui du rez-de-chaussée.
  • La façade "côté est" est renforcée en son centre par une large pilastre de maçonnerie pleine et interrompue dans sa hauteur probablement au XVIème siècle. Nous y reviendrons dans une prochaine rubrique. 

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Archère, meurtrière ou fente de tir permettant de lancer des traits d'arbalète ou des flèches et permettant aussi d'observer.

  • Au faite des murs, une épaisse mouluration en pierre blanche contraste dans la rude architecture. Il s'agit de la corniche installée au XVIème siècle, époque où les écrits qualifient le bastionnet de "château". "Robert de Hauport (*) résidant au château d'Huissignies....10 novembre 1616". (*) Bailly

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  •  Il n'y avait pas de fenêtres à double battants à l'étage, elles furent percées au XVIème et la porte d'entrée fut transformée en fenêtre à la même époque. Cette porte d'entrée se trouvait à plus d'un mètre du sol avec comme accès un escalier. 

          René Sansen retrouva aisément la trace des gonds et verrous.

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La partie du XIIIème en façade ouest (Photo de René Sansen de 1963)

  • Le bastionnet était au bord de la rivière, on peut supposer qu'une légère éminence surélevait la construction et était due à l'amoncellement des terres provenant d'un fossé d'enceinte creusé artificiellement autour du petit domaine. Ce fut sans doute la seule défense extérieure autorisée par l'autorité comtale car René Sansen n'a pas trouvé trace de pont-levis. Cela n'exclut pas la mobilité d'une planque escamotable à la première alerte.  

 

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Schéma succint de l'implantation d'un site fortifié au moyen-âge 

  • La tour a été ajoutée 1 siècle plus tard.

 

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Carte des châteaux au Moyen-Age dans le Hainaut belge et français 

 

Sources: La maison-forte de Huissignies de René Sansen; Le bastionnet d'Huissignies de Charles Dens; Thèse de doctorat de Michel de Waha, Châteaux et chevaliers au Moyen-Age en Hainaut (Collectif du Crédit Communal de Belgique).  

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 Le donjon de Villeret (Jemeppe-sur-Sambre en province de Namur) de la même époque et dans la même architecture que le bastionnet de Huissignies

 

 Suite sur la maison-forte à la prochaine rubrique.....

 

01/05/2015

La Maison-Forte ou Bastionnet de Huissignies (1)

 

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La féodalité

Définition : Régime politique et social qui a régné en Occident du XIème au XIIIème siècle.

Il comprend 3 éléments différents :

  • Il s’agit d’un système de dépendances personnelles doublées d’une hiérarchie de droits sur une même terre qui se concrétise par l’engagement du vassal vis-à-vis de son seigneur (par l’hommage et le serment de fidélité) et la concession de fiefs par l’investiture.

  • C’est un système de gouvernement où le fractionnement est extrême. Par héritage ou usurpation, les puissants détiennent des pouvoirs plus ou moins étendus sur des plus humbles.

  • La féodalité est aussi un « genre de vie ». Les seigneurs engagés dans ces liens vassaliques sont des propriétaires terriens, des guerriers professionnels et les plus importants d’entre eux vivent dans des châteaux. Il s’agit d’un groupe social à la mentalité caractérisée.

La hiérarchisation des seigneurs s’effectue en fonction du degré de puissance et de patrimoine, les plus importants possèdant plusieurs châteaux.

Du comte au simple châtelain, chacun participe à son niveau à l’exercice de la justice et de la protection militaire, tirant sa puissance de la domination foncière et du pouvoir de commandement qui lui était conféré (droit de ban).

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Contexte régional

Bien qu’il y avait un encadrement de l’aristocratie militaire, celui-ci était faible et inégal selon les régions ou la distance sociale entre seigneur et vassal. Ces hommes de guerre étaient particulièrement turbulents et la violence était omniprésente durant la 1ère partie de l’âge féodal cad au XIème et XII éme siècle.

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Baudouin IV , comte du Hainaut, dit le « Bâtisseur » (1121-1171) ou « l’Edifieur » et ensuite Baudoiun V, mènent une politique systématique de fortification sous la pression conjuguée de 2 facteurs de relations de pouvoir :

  • À l’intérieur : le besoin de dompter des vassaux récalcitrants.

  • A l’extérieur : la nécessité de se protéger des voisins ambitieux (France, Flandres ou Brabant)

Vers 1160, il achète une partie de la terre d’Ath à Gilles de Trazegnies qui y avait quelques propriétés. Il y construit un donjon carré, la Tour de Burbant afin de protéger le nord de son comté.

 

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 En s’installant à cet endroit, le comte du Hainaut avait un double but :

  • verrouiller à la tête de la vallée de la Dendre, une frontière ouverte, perpétuellement menacée par son rival flamand;
  • surveiller et soumettre à l’autorité comtale les puissantes familles nobles installées sur Avesnes, Chièvres, Silly, Trazegnies, La Hamaide, qui voulaient maintenir leur liberté d’action.

La période qui s’étend de 1150 à 1200 a vu se dérouler une vaste campagne d’implantations castrales commencées au Quesnoy dans le nord de la France. Dans la région, on relève le château de Beloeil, la tour de Burbant à Ath, la tour de Bétissart (Ormeignies), la maison-forte d'Irchonwelz et le bastionnet de Huissignies.

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La maison-forte d'Irchonwelz

« C’était un homme, à ce qu’on rapporte d’une si grande puissance qu’il avait sous son autorité autant de châteaux que de jours dans l’année » disait Ghislebert de Mons à propos de Baudoiun V, fils et successeur de Baudoiun IV.

Au moyens de châteaux, les comtes du Hainaut veulent baliser un territoire étendu, contrôler une féodalité omniprésente, encadrer une population en essor.

Datation de la "maison-forte" de Huissignies

Des personnages portant le nom du village sont attestés sporadiquement vers 1136 puis vers 1196, mais on ne peut pas faire de lien entre la maison-forte et des documents historiques précis.

Dès la fin du Xème siècle, ceux qui en ont les moyens optent pour le donjon de pierre quadrangulaire à 2 ou 3 étages. A vocation surtout défensive, leurs murs sont épais, les fenêtres petites et rares. La porte d’entrée, étroite et placée à quelques mètres du sol, n’est accessible que par une échelle ou un pont mobile s’appuyant sur le sommet du rempart.  

Selon René Sansen, grand passionné du passé de la région d’Ath, la construction de la maison-forte de Huissignies remonterait du XIIème mais cette datation ne repose sur auncun argument souligne Michel de Waha de l’université libre de Bruxelles qui s’est penché sur l’historique également. Selon ce dernier, la construction daterait plutôt du XIIIème siècle selon la morphologie globale du bâtiment et selon l’argumentation détaillée suivante :

  • La grandeur et le nombre des ouvertures.

  • La position de la porte au rez-de-chaussée.

  • Le système de herse.

  • Les angles du bâtiment.

  • Le nombre des fenêtres du donjon et leur niveau trop bas.

Suite sur la Maison-Forte à la prochaine rubrique.....

11/04/2015

La seigneurie principale de Huissignies

Au Xème siècle, l’établissement du régime féodal morcela nos provinces en une infinité de juridictions seigneuriales distinctes. 

Aux temps de la féodalité, c’est la SEIGNEURIE principale qui demeura pendant des siècles l’organe essentiel de l’autorité locale. 

Un principe invariable sera: pas de village, pas de communauté rurale sans seigneur. Un village sans seigneur eut été une agglomération sans justice, ni police et sans protection.

 Chaque village obéira à un seigneur, soit laïc soit écclésiasistique.

 Une localité même d’importance minime pouvait compter plusieurs seigneuries, soit foncières et justicières à la fois, soit simplement foncières, soit uniquement justicières.  

Au point de vue administratif, Huissignies faisait partie de la châtellenie d’Ath.

Le châtelain y administrait la justice, la haute police, intervenait dans toutes les questions où les intérêts du comte du Hainaut étaient en jeu.

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 On ne connait qu’imparfaitement la série des premiers seigneurs de Huissignies.

 L’Abbé Petit dans son histoire de Ladeuze mentionne la présence le 23 juin 1090 des seigneurs de Husseignies, Ladeuze et Beloeil qui à la tête de leurs hommes, faisaient partie de l’armée de 14.000 hommes qui délivra Philippe 1er roi de France cerné par les flamands. L’histoire ne nous transmet pas les noms de ces seigneurs.

  •  Arnould de Husseignies, fils d’un autre Arnould est cité comme chevalier dans les actes (*) de 1196-1197. Il avait pour frère Bauduin, clerc, et pour sœur Oda de Husseignies. Sa femme Oda aussi lui donna 2 fils: Godefroid, clerc et Nicolas, Chevalier.
  • La seigneurie entra au XIIIème siècle dans la famille des Trazegnies. Par le mariage d’Agnès, fille unique de Gilles, sire de Trazegnies avec Eustache du Roeulx, elle passa dans la famille du Roeulx.

  • Thierry du Roeulx, fils d’Eustache est mentionné sire de Husseignies de 1290 à 1295

  • On trouve de 1305 à 1311, en qualité de sire de Husseignies Nicolas de Barbençon, seigneur de Villers et conseiller de Baudouin V.

  • On signale aussi Thierry de Villers, chevalier, seigneur de Husseignies et châtelain d’Ath en 1362. 

  •  En 1410, la demoiselle de Villers, fille de feu Thierri de Villers, chanoinesse de Maubeuge, qui avait tenu le fief de Husseignies, étant morte, sa succession était revendiquée par le seigneur de Fagnolles et Alexandrine de Barbençon, dame d’Aveluy. 
  • En 1459, Isabelle d’Enghien avait acquis le domaine d’Husseignies.

  • En 1475, le domaine de Husseignies appartenait à Jean de Luxembourg, seigneur de Fiennes et de Sotteghem.

  • La fille de Jean, Jacqueline l’apporta en mariage à Charles, baron de Lalaing. On cite ensuite comme seigneurs d’Husseignies : Charles II de Lalaing, Bailly du Hainaut (mort en 1558); Philippe Comte de Lalaing (1515-1582).

  • Marguerite de Lalaing (1574-1650) fille de Philippe épouse Florent Comte de Berlaymont(1550-1626). Leur fille Isabelle-Claire de Berlaymont (1602-1630) prit alliance avec Philippe Prince d’Arenberg, duc d’Aerschot et de Croy (1587-1640).

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 Philippe d'Arenberg

Les d’Arenberg resteront seigneurs de Husseignies jusqu’à la révolution française et resteront même propriétaires jusqu’à environ 1875.

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Prosper Louis d'Arenberg (1785-1861), le dernier d'Arenberg propriétaire à Husseignies

Au-delà de la maison-forte (Ch Malaise), les d’Arenberg étaient propriétaires de 214 ha de terrains (sur les 600 du village), du moulin à eau, des waréchais, des viviers et de la ferme Delestray. 

Il est très peu probable que l’un de ces seigneurs ait un jour élu domicile à Husseignies.

 (*) Charte du comte Baudouin au sujet de l'acquisition d'une partie des bois de Huissignies (1196).

 "...Arnold de Huncenies souvent nommé a assigné en aumône à l'église de Cambron les parties qu'il possédait dans l'alleu du bois susdit avec l'accord de son épouse Oda et de ses deux fils à savoir Godefroid, clerc, et Nicolas, soldat sous le témoignage de plusieurs de mes fidèles....

" Cartarium de Roseria -  Archives de la ville d'Ath / Texte traduit du latin par André Havaux de Moulbaix"

  

28/03/2015

Les origines de Huissignies

 

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Carte Ferraris 1770-1780

Toponymie, étymologie

On trouve dans les documents les noms suivants :

Hucignies (1146), Huchignies (1160), Hunchegnies (1177), Huncheniae (1183), Hussegnies, Hunsegnies et Hunchignies (1186), Huncenniae (1196), Hunceniae (1197), Hucegnies (1199), Hucheniae (1204), Huchennigez (1219), Hunchenies (1253), Hucignies (1260).

Le coffre scabinal d’Huissignies signale les variantes :

·        Au XIVème siècle : Hunchignies

·        Au XVème siècle : Huncignies, Huncegnies, Hunchegnies

·        Au XVIème siècle : Hunsegnies, Hunchegnies, Hunssignies, Huisseignies, Heussegnies.

·        Au XVIIème siècle : Hunschegnies, Hucignies, Heusseignies, Hussignies, Hunssignies, Husseignies, Housseignies.

·        Au XVIIIème siècle : Hunsignies (Ferraris), Huissegnies, Husseignies.

A partir de 1820, on lit Huissignies alors que l’orthographe communale maintient Husseignies.

Pendant longtemps jusqu’à la 2ème guerre mondiale, on a écrit indifféremment Husseignies et Huissignies, pour choisir définitivement ce dernier nom pour probablement éviter toute confusion administrative, postale avec le village de Russeignies près du Mont de l’Enclus.

Le nom picard « Hunchegnies » rejoint le nom d’origine, ses habitants des « Hochniots », en français « Husseigniens » ou "Huissigniens".

La désinence gnies ou egnies, ignies, signifie demeure, habitations. Le préfixe Hun probablement emprunté à la Hunelle…d’où village sur la Hunelle…c’est une supposition ! 

Depuis les origines….

·        Les premiers vestiges de l’homme retrouvés à Huissignies datent de l’âge de la pierre polie dite période néolithique (+-6000 ans). A cette époque, notre région était couverte d’une immense forêt parsemée de clairières habitées par des groupes humains gaulois ou celtes qui se plaçaient aux points culminants et sur leurs versants sud mieux abrités : Mervaux, Monts Brunehaut, Dieffe, Bois de la Rosière…Voir rubrique « de Canteleux aux Mervaux ».

·        Pendant la période gallo-romaine, ces mêmes sites sont de nouveau occupés mais on assiste à la naissance d’exploitations agricoles ce qui provoque les premiers défrichements de la forêt. Un diverticulum  de la chaussée romaine passant par Ellignies-Sainte-Anne se crée et donnera accès aux villas romaines des Quéwettes, des Mervaux, des Monts Brunehaut, des Vaux et de Tiripré. Un autre diverticulum, le chemin de la Dieffe, qui rejoignait Mons à la chaussée romaine à Blicquy. Au sommet de la Dieffe, des archéologues y trouveront du mésolithique, néolithique et des vestiges d’habitats gallo-romains.

·        Entre le IV ème et le XI ème siècle, aucun élément matériel ou écrit ne permet de retracer la vie à Huissignies mais on suppose que les populations ont quitté progressivement les hauteurs pour aménager dans le relief moyen du village pour y créer un début d’agglomération.

·        On évoque dans l’histoire de Ladeuze qu’au 9ème siècle, des moines bénédictins , venus des bords de la Sambre auraient colonisés la région accompagnés de serfs. Mais les invasions normandes détruisirent l’œuvre des moines laboureurs en Hainaut.

Peu avant l'an 1000, les gens de chez nous prennent l'habitude de vivre groupés en villages. Les maisons isolées ici et là dans la campagne se font plus rares.

 Tous les villages présentent un plan assez semblable. Ils comportent habituellement quelques dizaines d’habitations disposées sans ordre précis autour d'une église et de son cimetière. Des jardins, des vergers et des pâtures s'intercalent entre les maisons. Les terres cultivées entourent la zone habitée. L'horizon est fermé par des bosquets ou des bois. Des chemins partent du centre du village vers l’extérieur. Ils donnent accès aux champs et conduisent vers les villages voisins. Entre les maisons, des sentiers facilitent le passage d’un endroit à l’autre.  Au départ, beaucoup de villages forment des clairières au milieu des bois. (Etude du milieu.be)

·        Là où les communautés monastiques purent relever de leurs ruines leurs propriétés foncières, elles les firent mettre en valeur, à dater du XIème et XIIème siècles, par des hommes libres au lieu de les faire exploiter par des moines aidés de serfs. (Histoire de Ladeuze, Abbé Demeuldre). On pense notamment dans notre région à l’Abbaye de Cambron et à celle de Vicogne près de Valenciennes.

 

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·        C’est à partir du XIIème siècle que les hommes libres apparaissent nombreux dans le pays rural; beaucoup sont appelés par les grands propriétaires fonciers, laïcs ou religieux, désireux de mettre en valeur leurs domaines en partie improductifs. De nombreux défrichements sont entrepris, à l’instar de la plupart de nos anciens villages, Huissignies se constitue peu à peu en une agglomération de libres manants, de roturiers libres de leurs personnes . Voués à la culture de la terre, les uns travaillent pour le compte d’un maître, les autres pour eux-mêmes, sur quelque lopin de terre qu’ils avaient pu acquérir. Tous sont cependant sous la tutelle seigneuriale à cette époque de la féodalité qui s’étendra du XIème au XIVème siècle, il n’est pas de communauté villageoise qui ne soit sous l’autorité d’un seigneur féodal, pas de « village sans seigneur ». 

Sources: L'histoire de Ladeuze (Abbé Demeuldre), Les communes de l'arrondissement d'Ath (G. Decamps), Etude du milieu.be