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01/07/2017

Le parcours de jeunes hochniots durant la 2ème guerre mondiale.....

Ils sacrifièrent 5 ans de leur jeunesse pour résister au nazisme......

1. Marcel Labie (2ème partie)

Pendant les mois qui suivent son retour, les activités de Marcel seront partagées entre la briqueterie de son oncle et les travaux à la ferme familiale.

Doté de notions de dessin industriel, il sera embauché dans cette spécialité par la fonderie Jadot à Beloeil le 25 septembre 1941.

Le 6 octobre 1942, l’occupant instaure une loi obligeant le travail obligatoire en Allemagne ….Dès ce moment, les allemands seront à la recherche de jeunes dont le profil les intéresse particulièrement.

Le 13 novembre 1942, une délégation allemande visite la fonderie Jadot et désigne parmi le personnel 10 jeunes aux compétences spécifiques; Marcel fait partie de ceux-là. Le lendemain, les recrutés sont priés de se rendre à Tournai pour remplir les formalités de déportation.

Sept autres hochniots  subiront le même sort: Herman Thibaut, Léon Massy, Marcel Carlier, Hector Labie, Roger Gilgean, Paul Barbieux et Emile Dubois.

La déportation

Le 16 novembre, les désignés déportés embarquent tous en gare de Huissignies pour l’exil vers l’Allemagne via le centre de regroupement de Mons. Ils arriveront à Leipzig le lendemain matin, il y fait glacial et il neige.

Les déportés sont dispersés, Marcel et Roger Gilgean sont désignés pour la même usine, une petite fonderie dans le petit village de Bösdorf à 10 Km à l’est de Leipzig. L’usine comporte une centaine de personnes et est spécialisée  dans les pièces pour le chemin de fer; Marcel est incorporé au bureau de dessin.

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Le village de Bösdorf près de Leipzig

D'emblée, la nourriture est réduite à sa plus simple expression: pain gris, choux, un peu de viande et un café « synthétique »…. Des colis en provenance de Belgique seraient les bienvenus!

Ils sont logés dans des baraquements; leur régime de travail est comme disent les allemands « la semaine anglaise » cad 5 jours de 10 heures de travail et ils reçoivent un salaire hebdomadaire de 12.47 RM (Reich Mark).

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Une des nombreuses lettres de Rose la fiancée de Marcel

Marcel reçoit un demi-jour libre par semaine pour y suivre des cours de dessin industriel à l’école technique de Leipzig ; ce qui est plutôt une nouvelle positive.

Le dimanche est réservé à la messe mais aussi aux travaux d’entretien de l’habillement et au nettoyage du baraquement. La première lettre de Rose sa fiancée arrivera le mercredi 3 décembre. Toutes les lettres leur étant destinées sont ouvertes par les autorités dont ils dépendent.

 Le 19 décembre un 1er colis de marchandises arrive de Huissignies !

Marcel constate que la population du village est assez courtoise, voire même sympathique; par contre la jeunesse embrigadée, « radicalisée au nazisme » est plus agressive . Pour se faire comprendre, ils utilisent un petit dictionnaire de traduction.

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La fonderie de Bösdorf

1943….

L’année 1943 est vécue au rythme des évènements de guerre dont les échos retentissent sur la population locale comme par ex la capitulation des nazis à Stalingrad ce qui provoque au sein de la population une sorte de sanctification des 200.000 victimes allemandes de cette célèbre bataille.

De fréquents passages d’avions sillonnent le ciel et menacent de bombardements ; les exilés sont dans ce cas priés de se disperser dans la campagne environnante, ce qu'ils finiront par considérer comme étant un fait distrayant.  

Sinon, l’ambiance parmi les déportés est assurément pessimiste, cafard et périodes de blues profond….comme on dit aujourd’hui, le « burn out » est plutôt généralisé, ce que l’on comprend aisément !

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A l'intérieur des baraquements, les déportés entassés.....Marcel en haut à gauche 

Le 6 août 1943, un certificat émanant du bourgmestre de Huissignies attestant que Marcel est fils de ferme lui parvient. Ce document est à remettre aux autorités du camp, il pourrait influencer pour obtenir une permission provisoire, le temps que la moisson puisse s’effectuer….malheureusement, la demande sera refusée par les responsables en place.

En octobre 1943, toute la région sera soumise à d’incessants bombardements qui provoquent invariablement la panique au sein de la population locale. Le mois de décembre verra de violents bombardements alliés sur Leipzig, la grande ville proche est en ruine.

Le réveillon du 31 décembre se passe en compagnie de déportés russes, tchèques et polonais qui vivent dans d’autres baraquements.   

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Un baraquement près de la fonderie

1944….

Le 4 janvier, Marcel reçoit un colis de marchandises envoyé de Huissignies le 25 novembre !

Roger Gilgean peut partir 2 semaines en congé mais Marcel doit s’en porter garant; ce qui signifie que si Roger ne revient pas en Allemagne, Marcel ne pourra à son tour partir en congé !

Le 2 février, les bombes pleuvent sur les villages environnants, tout tremble, l’horizon est en feu, un roulement infernal de tonnerre  retentit pendant environ 1 heure….scène d’apocalypse…heureusement les baraquements ne sont pas la cible de ce bombardement ! On leur dit que ces raids menés par les alliés seraient les représailles de bombardements allemands sur Londres.

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Il fallait bien se distraire comme on le pouvait le dimanche.....

En plus de son travail quotidien à l’usine et de son rôle de délégué des déportés du baraquement, Marcel est désigné cuistot suite à l’invalidité subite du préposé.

Juin 44, des rumeurs circulent sur un débarquement des alliés en Normandie, le moral de la population locale est au plus bas mais pour la revigorer, les autorités parlent plutôt de bombardements allemands sur Londres avec une nouvelle arme utilisée: les V2.

Le 1er juillet, ils sont priés de se rendre à Leipzig pour écouter une conférence de Léon Degrelle, le grand leader rexiste wallon. Un souvenir inoubliable pour Marcel et ses compagnons; ils découvrent une bête furieuse vociférant des discours haineux !  

En août et septembre, les bombardements alliés sur la région et particulièrement sur Leipzig s’enchaînent pendant que les bonnes nouvelles venant de l’ouest se multiplient: Paris est libéré par les américains, Charleroi, Tournai et Mons et ensuite Bruxelles le sont également.

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Marcel devant la porte de la fonderie

En novembre, de violents affrontements aériens se produisent entre les chasseurs allemands et anglais, c’est le grand fracas….! Le travail diminue à l’usine faute de combustibles ; le chemin de fer allemand est affecté par les bombardements ce qui explique le manque d’approvisionnement.

1945….

Après un mois d’inactivité, le travail reprend à la fonderie. Les rations de nourriture diminuent et en outre, les colis ne parviennent plus mais par contre une bonne nouvelle: les troupes russes progressent.

Le 10 avril, la gare de Leipzig est détruite et les chars américains se rapprochent par l'ouest. Les soldats allemands recherchent des tenues civiles, les usines arrêtent de fonctionner, le canon tonne aux portes de Leipzig et cette dernière est déclarée « ville sanitaire » pour être épargnée mais Hitler répète que l’Allemagne doit continuer à résister !

Le 11 avril, Marcel et ses compagnons se terrent dans un abri creusé dans le sol ; les chars américains sont tout proches et on entend le bruit des mitrailleuses.

Le 14 avril, ordre est donné aux prisonniers de guerre français d’évacuer; le climat est tendu et quelques heures plus tard, c’est à leur tour de recevoir l’ordre de partir. C’est l’effervescence, en une heure de temps, les bagages sont prêts et placés sur des charettes à bras. Ils partagent les restes de nourriture et se dirigent tous les étrangers ensemble vers un village où ils logeront dans une salle.

Le lendemain, on ne sait que faire d’eux et pour survivre, ils trouveront un peu de travail chez des maraîchers locaux. Les combats continuent sans cesse, les bombes pleuvent un peu partout.

La libération

Le mercredi 18 avril, hourah…un soldat américain  se présente à eux…c’est la délivrance après 884 jours d’exil !! 

Les habitants des villages sortent des drapeaux blancs, les jeunesses hitlériennes se réfugient dans les bois. Après le déluge des combats de la veille, enfin le calme revient ! L’armée américaine occupe le village et la nettoye !

Marcel et ses compagnons retournent à leur ancien baraquement près de l’usine, ils reçoivent du jambon, une caisse de biscuits et du pain de la boulangerie locale…mais ils sont obligés de rester car l’armée américaine engage la bataille de Leipzig où 1400 d’entre eux furent tués !

Le 23 avril, ils se dirigent à Leipzig où 5000 belges se regroupent.

Le 28 avril, l’Allemagne capitule.

Le 8 mai, l’Allemagne signe sa reddition à Reims…..c’est la fin officielle de la guerre.

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Le 1er char américain qui arrive à Huissignies ( Croisement rue Joseph Lizon et rue des Hauts D'Oignons) le 9 sept 1944

Le mardi 23 mai, après 919 jours de déportation, les exilés belges peuvent partir et embarquer sur un train qui se dirigera vers la France et ensuite le Luxembourg. Entrée en Belgique le 27 mai via Arlon, Namur et enfin arrivée à la gare d’Ath le 28 mai.

Marcel raconte : « Me voilà chez les Hainaut à la rue de Brantignies, c’est là que l’abbé Leleux, mon cousin  vicaire à Ath, est venu me chercher. C’est là aussi que ma fiancée Rose me rejoint ; nous sommes tombés dans les bras l’un de l’autre après cette terrible séparation ; ma mère et ma sœur l’avaient accompagnée. Eugène Mayeur averti par mon père est venu me rechercher avec sa voiture. A la maison, une fausse porte avait été dressée par mes voisins pour m’accueillir et je retrouve mon père Sylva et mon frère Willy et toute ma famille. Enfin, je suis chez moi »    

Et Marcel de conclure….

En 1944, nous étions 2.120.000 belges déportés en Allemagne. De leur exil, certains sont revenus avec une jeune femme russe ou polonaise.

Pendant ces  924 jours de déportation, nous avons subi 236 alertes ; au 27 mai 1944, nous en avions subi 190, les autres furent terribles mais par miracle, nous en sortons vivants !

Et dans l’ensemble notre détention dans un village de campagne près de Leipzig fut supportable en comparaison avec la détention dans les camps des grandes villes où la discipline était bien plus rigoureuse.

Dernière anecdote sinistre: un jour que nous n’avions plus à manger, nous avons du tuer le chat qui nous tenait compagnie pour pouvoir survivre quelques jours…. !!

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Le groupe de Marcel et le malheureux petit chat.....

 

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Marcel, 2ème à droite avec un groupe de déportés et prisonniers du village lors d'une commémoration du 8 mai dans les années 80 (On reconnaît aussi Emile Davister avec le flambeau, Alphonse Degouys, Albert Dorsimont, Aryl Martin....)  

 

Source: Mémoires de guerre, Soldat et travailleur déporté (Remémoration de faits saillants des 2280 jours qui gâchèrent six des plus belles années de ma vie) écrit par Marcel Labie.

02/06/2017

Le parcours de jeunes hochniots durant la 2ème guerre mondiale.....

Ils sacrifièrent 5 ans de leur jeunesse pour résister au nazisme.......

1. Marcel Labie (1ère partie)

Le jeudi 1er mars 1939, Marcel Labie est appelé sous les armes à la caserne Rucqoy à Tournai pour y faire son service militaire au 12ème chasseur à pied. Il est désigné pour devenir « Tireur Fusil Mitrailleur ». Quatre autres hochniots connaissent le même sort et l’accompagnent: Willy Croissieaux, André Jaivenois, Gérard Dubuisson et Jules Coulon. L’optimisme n’est pas de mise car la Pologne est déjà en guerre avec l’Allemagne.

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La guerre….

Le vendredi 10 mai 1940, l'Allemagne brise la neutralité de la Belgique et leurs troupes franchissent la frontière….C’est la guerre !

Marcel et ses comparses sont réveillés à 2 heures du matin, ils reçoivent armes et minutions et quittent la caserne 2 heures plus tard; ils se dirigent vers Gaurain-Ramecroix  où ils occuperont une ferme.

La nuit est mouvementée à cause des alertes incessantes, des combats aériens se poursuivront toute la journée, des raids destructeurs sont menés sur Tournai. A 3 heures du matin, la nuit suivante, ils embarquent en train à destination de Ath, Grammont, Alost et à l'entrée de Gand, le train essuye des tirs de mitraillette; les soldats fuient dans la campagne et rejoignent Gand où ils seront logés dans une école.

Le 13 mai, ils regagnent le village de Kieldrecht où ils sont logés dans le salon communal….pendant ce temps, les troupes allemandes progressent au travers de la Belgique. Le peloton de Marcel a pour mission de monter la garde de guet hors du village pour surveiller les avions ennemis.

Le 14 mai, ils voient défiler de nombreuses troupes françaises avec de lourds canons tirés par des chevaux; ces derniers se dirigent vers la Dyle pour y renforcer les troupes belges.Toute la nuit, des bataillons français et de cavalerie défilent avec leurs canons.

Le 15 mai au matin, tout tremble, les allemands se rapprochent, leurs canons tonnent, ils tirent sur des cibles distantes de 35 Km. Sur les routes, c’est un cortège permanent de citoyens qui évacuent et de troupes françaises. Dans l’après-midi le lieutenant décide de quitter et de partir à pied vers Beveren où ils embarqueront à bord d’un train.

A ce moment, le commandement belge s'est probablement résigné; on ne lutte pas à armes égales, les allemands sont bien mieux équipés que les alliés. De nouveaux plans de repli sur la France sont certainement élaborés.

Le train dans lequel ils ont embarqués se dirige le 17 mai vers Bruges, Dixmude, Boulogne et pendant 9 jours, ils se dirigeront vers le sud de la France via Bordeaux et Montpelier. Pendant tout ce temps, le ravitaillement fait défaut et est bien mal organisé.

Le 22 mai, ils débarquent à Avignon et poursuivent leur exode à pied au travers de villages de collines provençales; ils établissent leur camp dans une ferme du village de Saint-Gély.

Le 28 mai, ils sont toujours présents dans ce village; le commandant leur apprend que le roi Léopold III a capitulé, il le qualifie de « traître »; le gouvernement belge se retire vers Londres pour continuer la lutte et le roi est chassé.

Le lendemain, le bataillon est désigné « Bataillon de travailleurs ».

Le 7 mai, la TSF (radio de l’époque) annonce que les troupes belges repliées en France vont monter en ligne.... ce qui les rend inquiets.   

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Abandon et détention….

Le dimanche 9 juin, on les embarque dans un train de marchandise à Pont-Saint-Esprit en direction du nord-est de la France. Ils arriveront à Verdun le lendemain après-midi. Ils partent à pied dans la campagne évacuée, ils logent dans une ferme où ils trouvent de quoi se rassasier, ils y dormiront dans le fenil. A 23 heures, ils entendent les canons tonner. Le lendemain, il y aura des raids aériens sur Verdun.

La nuit du 14 au 15 juin, ils dorment par une nuit froide dans un bois près de Souilly au sud de Verdun. La nuit est rythmée par d’incessants passages d’avions de la DCA qui effectuent des bombardements sur Verdun.

Les 3 compagnies de la caserne tournaisienne marchent toujours ensemble vers Bar-le-Duc et ensuite vers Pierrefitte. Ils croisent des convois de ravitaillement qui montent vers le front et des troupes en retraite qui vont comme eux vers le sud des Ardennes françaises.

Le 15 juin, les gradés disent à la troupe : « Vous êtes libres, faites ce que vous voulez et allez le plus loin possible en direction de la Suisse…. !! » A partir de cet instant, c’est la débandade mais ils restent néanmoins groupés et se dirigent vers Epinal.

A Epinal, ils croisent les allemands qui mitraillent…Marcel sera légèrement blessé au bras droit; il sera soigné par un brave brancardier allemand et ensuite par la Croix Rouge.

Le 20 juin…OUF, la France signe l’armistice avec l’Allemagne ! Les allemands défilent dans la ville d’Epinal, Marcel reçoit une piqûre antitétanique à l’hôpital, les hochniots se retrouvent à la caserne de la même ville où ils peuvent se loger….mais pour se nourrir, c’est le règne de la débrouille !

Le 23 juillet, ils peuvent enfin partir. Ils embarquent à bord d’un train en partance pour Saarbrucke et ensuite direction Cologne.

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Le retour…..

Le train ne passera jamais le Rhin, ils ne sauront jamais pourquoi….toujours est-il que le convoi prendra la direction d’Hasselt où ils passent la nuit dans la gare.

Le 28 juillet, le train repart en direction de Mons et arrive à Jurbise.... le train ralentit….les hochniots en profitent pour sauter en bas du train et faire la belle; ils rejoignent Vaudignies à pied! Un habitant du village, l’oncle d’André Jaivenois les ramènent en voiture à Huissignies….

L’accueil chaleureux à Huissignies….

C’est dimanche et il est 10H30, les cloches sonnent et les paroissiens sortent juste de la messe….c’est l’effervescence. Ils sont entourés et embrassés par la foule en liesse qui en oublie le curé Marquegnies qui célébrait sa première messe….Il faut dire qu’ils étaient les derniers soldats qui rentraient au village; les autres ayant déjà regagné leur foyer depuis belle lurette.

Tout est bien qui finit bien….Marcel peut enfin retrouver sa famille et surtout sa fiancée Rose Dupont…… !!

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A l’endroit où ils furent ramenés à la rue de l’église, la famille Georges Croissiaux-Lorphèvre, parents de Willy Croissiaux, érigèrent une chapelle en 1945 en reconnaissance à Sainte-Rita, à Sainte-Thérèse et à la Sainte-Vierge. 

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Dès le lendemain, Marcel reprend le chemin du travail…à la briqueterie de son oncle Oscar Labie à Ellignies-Sainte-Anne…. !!

             La guerre n'est pas terminée pour autant pour Marcel....suite à la prochaine rubrique.

Source: Mémoires de guerre, Soldat et travailleur déporté (Remémoration de faits saillants des 2280 jours qui gâchèrent six des plus belles années de ma vie) écrit par Marcel Labie.