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30/04/2016

L'histoire de nos chemins

Le pavage des rues de Husseignies

Le premier pavage des rues de Husseignies remonte à 1829, grâce entr’autre à des dites « corvées » d’habitants du village.

Avant cette période, l’état de nos chemins était comme dans tous les villages à la limite du praticable surtout l’hiver et durant les périodes de fortes pluie. Ils étaient étroits, empiérrés c'est-à-dire couverts d’un mélange de cailloux et de débris divers issus de la démolition de bâtiments.

Un paysage bien différent d'aujourd'hui...

Les rues et les prairies étaient bordées de haies servant de clôtures et les prairies souvent plantées d’arbres comme on peut le constater sur le plan Ferraris de 1750.

Le bois était un matériau extrêmement important, il servait:

  • pour la construction des maisons: madrier de charpente, poutres et chevrons de voûtes,linteaux de portes et de fenêtres, chassis et portes, battants.
  • pour l'ameublement surtout le chêne, le hêtre, le merisier et les bois fruitiers.
  • pour le chauffage.

Ferraris Husseignies (Copier).jpg

Extrait du livre des correspondances de la commune en 1834:

En 1834, le bourgmestre Domitien Gosselin établit un prix de revient d’un mètre de pavage sur une largeur de 3.5m.

Contre toute attente, on utilise pour les 1ers pavages non pas des pavés de porphyre de Lessines mais bien des grès issus des carrières de sable de Grandglise et plus précisément du site les « Bruyères ». La proximité des carrières de sable de Grandglise était prépondérante dans le choix par rapport aux carrières de porphyre de Lessines.

P1040017 - Copie (Copier).JPG

Grès de Grandglise (Soubassement de l'église de Grandglise)

Etat estimatif du coût d’un mètre de pavés sur une largeur de 3 mètres et demi :

  1. Pour coût d’un mètre courant pour les pierres prises aux carrières de Grandglise près d’Harchies : 16 centimes
  2. Idem pour le voiturage des dites pierres : 1 frs 80 ctmes du mètre
  3. Idem pour droits de chausséages des communes d’Estrambruges et Beloeil : 36 ctmes au mètre.
  4. Idem pour le sable : 4 ctmes du mètre.
  5. Idem pour le voiturage du sable les main d’œuvre d’ouvriers comprises : 80 ctmes du mètre.
  6. Idem pour salaire d’ouvriers travaillant à la terrasse:30 ctmes du mètre.
  7. Idem pour salaires des paveurs: 90 ctmes du mètre.

Total : 4 francs 36 ctmes du mètre.

Estimation coû pavage.JPG

Pour frais de réparations des pavés construits en 1829, 1830, 1831, 1832,1833 et 1834 sur une longueur de 1909 mètres ainsi que pour les ponts et aqueducs nécessitera en 1835 une somme de 182 francs 92 centimes et lors de l’achèvement des dits pavés une somme de 900 frs sera nécessaire pour leur réparations annuelles.

Fait à Husseignies, le 10 septembre 1834

Comment financer ces travaux ?

La commune était pauvre et ses habitants n’avaient guère beaucoup de réserves; seuls les paysans s’en sortaient bien mais les rentes foncières sur les terres étaient chères.

Dans un premier temps, les écrits nous apprennent que le bourgmestre-brasseur Domitien Gosselin a prêté de l’argent à la caisse communale pour initier les 1ers travaux de pavage. Ensuite, il fallait bien faire quelques emprunts et les banques n’existaient pas. Ce sont les riches de l’époque qui servaient de banque en prêtant de l’argent.

Les premiers emprunts ont été effectués auprès des héritiers Ducorron de L'esclatière *.

Ensuite, la commune étant exsangue et se devait de continuer à faire des améliorations au réseau débuté en 1829 et aussi paver de nouveaux tronçons, il était donc indispensable de trouver du nouvel argent frais.

Le document ci-dessous nous montre que le bourgmestre sollicite en mai 1835 le Duc d’Arenberg, le plus riche propriétaire du village (214 hectares sur 600 + le moulin à eau + la maison-forte) via son gestionnaire Mr Chopinet pour un emprunt.

Il sollicite un emprunt de 600 francs (300 pour payer les paveurs + 350 pour les pierres prises aux carrières de Grandglise + 150 pour les droits de chausséage sur les territoires de Stambruges et Beloeil). Les 200 autres florins seraient prélevés dans les réserves communales. Le bourgmestre estime qu’un emprunt de 2-3 ans ne lèserait pas trop le contribuable. Il demande une certaine diligence à sa demande car les travaux ne peuvent être exécutés qu’à la bonne saison et avant la moisson. Pour plaire au Duc d'Arenberg, il note qu’il ferait empierrer le tronçon entre la pont Colleau et le petit pont sur le Barbechin au niveau de la maison-forte.

Le Duc d’Arenberg répondra de façon positive et les travaux purent débuter le 15 juin comme en témoigne une lettre envoyée au commissaire d’arrondissement en juillet 1835. Dans une seconde lettre toujours adressée au commissaire, il signale qu’ils ont pris un peu de retard car la moisson est fort avancée cette année mais qu’ils ont néanmoins pu effectuer 515 mètres et qu’ils leur reste encore 136 mètres à terminer pour la fin août.

Lettre à Chopinet 1.JPG

Lettre à Chopinet 2.JPG

Lettre à Chopinet 3.JPG

Lettre au commissaire empierrements 1.JPG

Lettre au commissaire empierrements 2.jpg

Lettre au commissaire empierrements 3.jpg

La construction des ponts sur la Hunelle et les ruisseaux (Barbechin et Fossé Piquet)

 En 1834, la commune a du procéder à la construction de 6 ponts et 22 aqueducs sur les cours d’eau de la commune….

Voici l’état estimatif des travaux (la facture…) dressé par Cyrille Legrand maître maçon domicilié à Husseignies et Jean-Baptiste Battard, maître maçon domicilié à Ladeuze délégués par l’administration communale de Husseignies, « à charge de leur âme et conscience » .

  1. Construction du Pont Colleau construit sur la rivière appelée « la Lunelle » tant pour les pierres que pour la chaux,sable, cendre,voiturages, maçons et manœuvres, il a coûté à la commune une somme de 350 francs et 80 centimes. (Le Pont Colleau est celui sur la Hunelle à la rue de la Quemogne, à la limite de Huissignies et Ladeuze en direction de Beloeil)
  2. Idem pour le pont de la Butte construit sur la même rivière, il a coûté pour sa construction une somme de 360 francs et 50 centimes. (Le Pont de la Butte est celui construit sur la Hunelle le long de la Quemogne )
  3. Idem pour le pont du moulin près du Barouset construit sur le ruisseau du Barbechin une somme de 300 francs 60 ctmes. (au moulin Vandenhaute)
  4. Idem pour le pont Tin du bois construit sur le même ruisseau du Barbechin une somme de 170 francs 40 ctmes. (Pont en face de la friterie à la limite de la rue de l’église et de la Quemogne)
  5. Idem pour le pont Marcotte construit sur le ruisseau du Pont Goret (=le fossé Piquet) une somme de 290 frs 35 ctmes. (Pont en face de la Marcotte enjambant le Fossé Piquet)
  6. Idem pour le pont Goret construit sur le ruisseau du même nom, une somme de 170 frs75 ctmes. (Pont enjambant le Fossé Piquet à la rue Joseph Lizon).
  7. Idem pour un aqueduc sa construction a coûté une somme de 35 francs 65 cmes par conséquent la construction de 21 aqueducs existants dans la dite commune, a coûté une somme de 748 francs 65 centimes.

Total 2372.05

Fait à Husseignies le 20septembre 1834.

Le secrétaire Paul Abraham

Maçonnage des ponts.jpg

(*) La famille Ducorron de L'Esclatière était une riche famille aristocratique athoise.