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30/05/2015

La Maison-Forte ou Bastionnet (3): l'état d'origine... suite

Les différents niveaux du bastionnet

 

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  • Le cellier, primitivement réservé au seul stockage des provisions, deviendra plus tard, comme tous ses pareils, une prison comme en témoignent les anneaux d'entrave encore aujourd'hui scellés dans la voûte. Le bastionnet a suivi en cela la reconversion des donjons du Moyen Age.

 

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  •  Le niveau entre le cellier et le rez-de-chaussée était une "terrée" étalée sur un puissant gîtage engagé dans les murs latéraux. L'épaisseur de la terrée devait atteindre environ 50 cm. Une voûte en briques remplace maintenant la pesante masse de matériaux. Cette terrée avait pour but d'isoler du feu les gîtages aux différents niveaux de construction; la terrée absorbait la chaleur ardente des bûches brûlant à même le sol dans les immenses cheminées. Le danger d'incendie était important à cette époque.
  • La salle d'armes, cad l'endroit où étaient entreposées les armes de l'époque, au rez-de-chaussée avec le foyer sur la terrée.
  • A l'étage, le logis et le corps de garde et la vigie dans un premier temps.

L’étage en maçonnerie et en colombage…

Les murs ont une épaisseur de 1 mètre à la base; à l’étage d’au dessus, ils n’ont plus que 50 cm d’épaisseur. 

A l’étage, René Sansen a découvert que les 50 cm laissés libres dans la maçonnerie étaient comblés par une structure traditionnelle de bois en colombage. 

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Détail du colombage et d'une fenêtre (René Sansen)

Donc en conclusion :

  • 1m de maçonnerie an bas
  • 50 cm de maçonnerie à partir du cordon de pierre ceinturant la bâtiment à mi-hauteur  + une structure de bois noyée dans la maçonnerie; ce qui fait dire à Michel de Waha qu’il ne s’agit plus d’un donjon mais d’une « maison-forte » qui ne peut soutenir le moindre siège, la structure de pierre étant trop faible pour résister aux engins de siège. L’étage est dépourvu de toute défense. Les murs sont trop minces et ne peuvent assurer aucune protection contre un ennemi disposant de moyens d’attaque plus élaborés.

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  • La partie supérieure était un colombage avec murs en pisé percés de nombreuses ouvertures. Le cadrage du gîtage débordait largement sur l'ensemble, la saillie était supportée par des contre-fiches.

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  •  Une toiture à 4 pans recouverte de tuiles plates à talon surplombait l'ensemble. René Sansen a retrouvé des tuiles plates de 26.5 cm sur 17 cm vernissées de couleurs jaune, brune, verte et noire; ce qui laisse penser que la toiture du bastionnet était à l'origine ornée de tuiles de couleur comme on peut voir par exemple à l'hôpital de Beaune. 

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  • René Sansen pense que le colombage, à l'origine, se trouvait à l'air libre. Assez tôt, il aurait été recouvert d'une carapace de pierre sans que rien n'eut été démonté.  

Sources: La maison-forte de Huissignies de René Sansen; Le bastionnet d'Huissignies de Charles Dens; Thèse de doctorat de Michel de Waha, Châteaux et chevaliers au Moyen-Age en Hainaut (Collectif du Crédit Communal de Belgique).  

 

 

16/05/2015

La Maison-forte ou Bastionnet (2): l'état primitif, le donjon.

Analyse de l’’état primitif du bâtiment…la première partie de la construction avait toutes les caractéristiques d’un donjon traditionnel.  

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Face "côté est" de la partie ancienne du XIIIème siècle limitée par les contreforts

« Devant la porte de notre bastionnet », dit en 1517, le sire de Lalaing, seigneur du lieu.  (Archives scabinales de Husseignies) 

En première analyse visuelle, il est aisé de partager le bâtiment en 2 parts:

  • la partie nord proche de la route, la plus ancienne du XIIIème siècle (Michel de Waha)
  •  la partie sud qui est une extension entamée fin XVIème siècle sous les de Lalaing.  

 Au premier abord, cette première partie du bâtiment rassemble les caractères des donjons traditionnels en ce qui est la structure et la disposition des niveaux.

Une petite garnison pouvait y résider temporairement pour résister aux assauts des bandes armées qui infestaient la région, soutenir un siège ou opérer des sorties suivies de dégagements rapides et sûrs. Nous ignorons le nombre de soldats qui pouvaient y résider.

La partie la plus ancienne se présente comme un rectangle de 12 m de long sur 6.8 m de large orienté Nord-Sud; la hauteur est égale à la longueur.

  • Les murailles sont appareillées en pierre de grès tirées d’une des nombreuses carrières de la région exploitées dès l’époque romaine. La maçonnerie est levée en assises régulières tout en compensant convenablement les différences de calibre des pierres. 

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  • Aux extrémités, s’établissent 4 contreforts dont 3 sont conservés. Ils saillent de 90 cm pour une largeur de 45 cm. La recherche des proportions semble évidente.

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  • Un cordon de pierre ceinture le bâtiment à mi-hauteur. 

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  • Dans chaque long côté, on ménagea 3 fenêtres de dimensions assez restreintes qui se situent assez haut et des crochets de fer toujours présents indiquent qu’elles pouvaient être protégées par des mantelets (sorte de volets en bois que l’on pouvait descendre). Les fenêtres sont sommées de linteaux en bâtière ou en demi cercle.

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  • L’aspect extérieur de l’étage est identique à celui du rez-de-chaussée.
  • La façade "côté est" est renforcée en son centre par une large pilastre de maçonnerie pleine et interrompue dans sa hauteur probablement au XVIème siècle. Nous y reviendrons dans une prochaine rubrique. 

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Archère, meurtrière ou fente de tir permettant de lancer des traits d'arbalète ou des flèches et permettant aussi d'observer.

  • Au faite des murs, une épaisse mouluration en pierre blanche contraste dans la rude architecture. Il s'agit de la corniche installée au XVIème siècle, époque où les écrits qualifient le bastionnet de "château". "Robert de Hauport (*) résidant au château d'Huissignies....10 novembre 1616". (*) Bailly

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  •  Il n'y avait pas de fenêtres à double battants à l'étage, elles furent percées au XVIème et la porte d'entrée fut transformée en fenêtre à la même époque. Cette porte d'entrée se trouvait à plus d'un mètre du sol avec comme accès un escalier. 

          René Sansen retrouva aisément la trace des gonds et verrous.

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La partie du XIIIème en façade ouest (Photo de René Sansen de 1963)

  • Le bastionnet était au bord de la rivière, on peut supposer qu'une légère éminence surélevait la construction et était due à l'amoncellement des terres provenant d'un fossé d'enceinte creusé artificiellement autour du petit domaine. Ce fut sans doute la seule défense extérieure autorisée par l'autorité comtale car René Sansen n'a pas trouvé trace de pont-levis. Cela n'exclut pas la mobilité d'une planque escamotable à la première alerte.  

 

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Schéma succint de l'implantation d'un site fortifié au moyen-âge 

  • La tour a été ajoutée 1 siècle plus tard.

 

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Carte des châteaux au Moyen-Age dans le Hainaut belge et français 

 

Sources: La maison-forte de Huissignies de René Sansen; Le bastionnet d'Huissignies de Charles Dens; Thèse de doctorat de Michel de Waha, Châteaux et chevaliers au Moyen-Age en Hainaut (Collectif du Crédit Communal de Belgique).  

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 Le donjon de Villeret (Jemeppe-sur-Sambre en province de Namur) de la même époque et dans la même architecture que le bastionnet de Huissignies

 

 Suite sur la maison-forte à la prochaine rubrique.....

 

01/05/2015

La Maison-Forte ou Bastionnet de Huissignies (1)

 

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La féodalité

Définition : Régime politique et social qui a régné en Occident du XIème au XIIIème siècle.

Il comprend 3 éléments différents :

  • Il s’agit d’un système de dépendances personnelles doublées d’une hiérarchie de droits sur une même terre qui se concrétise par l’engagement du vassal vis-à-vis de son seigneur (par l’hommage et le serment de fidélité) et la concession de fiefs par l’investiture.

  • C’est un système de gouvernement où le fractionnement est extrême. Par héritage ou usurpation, les puissants détiennent des pouvoirs plus ou moins étendus sur des plus humbles.

  • La féodalité est aussi un « genre de vie ». Les seigneurs engagés dans ces liens vassaliques sont des propriétaires terriens, des guerriers professionnels et les plus importants d’entre eux vivent dans des châteaux. Il s’agit d’un groupe social à la mentalité caractérisée.

La hiérarchisation des seigneurs s’effectue en fonction du degré de puissance et de patrimoine, les plus importants possèdant plusieurs châteaux.

Du comte au simple châtelain, chacun participe à son niveau à l’exercice de la justice et de la protection militaire, tirant sa puissance de la domination foncière et du pouvoir de commandement qui lui était conféré (droit de ban).

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Contexte régional

Bien qu’il y avait un encadrement de l’aristocratie militaire, celui-ci était faible et inégal selon les régions ou la distance sociale entre seigneur et vassal. Ces hommes de guerre étaient particulièrement turbulents et la violence était omniprésente durant la 1ère partie de l’âge féodal cad au XIème et XII éme siècle.

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Baudouin IV , comte du Hainaut, dit le « Bâtisseur » (1121-1171) ou « l’Edifieur » et ensuite Baudoiun V, mènent une politique systématique de fortification sous la pression conjuguée de 2 facteurs de relations de pouvoir :

  • À l’intérieur : le besoin de dompter des vassaux récalcitrants.

  • A l’extérieur : la nécessité de se protéger des voisins ambitieux (France, Flandres ou Brabant)

Vers 1160, il achète une partie de la terre d’Ath à Gilles de Trazegnies qui y avait quelques propriétés. Il y construit un donjon carré, la Tour de Burbant afin de protéger le nord de son comté.

 

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 En s’installant à cet endroit, le comte du Hainaut avait un double but :

  • verrouiller à la tête de la vallée de la Dendre, une frontière ouverte, perpétuellement menacée par son rival flamand;
  • surveiller et soumettre à l’autorité comtale les puissantes familles nobles installées sur Avesnes, Chièvres, Silly, Trazegnies, La Hamaide, qui voulaient maintenir leur liberté d’action.

La période qui s’étend de 1150 à 1200 a vu se dérouler une vaste campagne d’implantations castrales commencées au Quesnoy dans le nord de la France. Dans la région, on relève le château de Beloeil, la tour de Burbant à Ath, la tour de Bétissart (Ormeignies), la maison-forte d'Irchonwelz et le bastionnet de Huissignies.

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La maison-forte d'Irchonwelz

« C’était un homme, à ce qu’on rapporte d’une si grande puissance qu’il avait sous son autorité autant de châteaux que de jours dans l’année » disait Ghislebert de Mons à propos de Baudoiun V, fils et successeur de Baudoiun IV.

Au moyens de châteaux, les comtes du Hainaut veulent baliser un territoire étendu, contrôler une féodalité omniprésente, encadrer une population en essor.

Datation de la "maison-forte" de Huissignies

Des personnages portant le nom du village sont attestés sporadiquement vers 1136 puis vers 1196, mais on ne peut pas faire de lien entre la maison-forte et des documents historiques précis.

Dès la fin du Xème siècle, ceux qui en ont les moyens optent pour le donjon de pierre quadrangulaire à 2 ou 3 étages. A vocation surtout défensive, leurs murs sont épais, les fenêtres petites et rares. La porte d’entrée, étroite et placée à quelques mètres du sol, n’est accessible que par une échelle ou un pont mobile s’appuyant sur le sommet du rempart.  

Selon René Sansen, grand passionné du passé de la région d’Ath, la construction de la maison-forte de Huissignies remonterait du XIIème mais cette datation ne repose sur auncun argument souligne Michel de Waha de l’université libre de Bruxelles qui s’est penché sur l’historique également. Selon ce dernier, la construction daterait plutôt du XIIIème siècle selon la morphologie globale du bâtiment et selon l’argumentation détaillée suivante :

  • La grandeur et le nombre des ouvertures.

  • La position de la porte au rez-de-chaussée.

  • Le système de herse.

  • Les angles du bâtiment.

  • Le nombre des fenêtres du donjon et leur niveau trop bas.

Suite sur la Maison-Forte à la prochaine rubrique.....