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31/10/2015

Les brasseries à Huissignies (1)

Généralités

C’est dans l’ancien comté du Hainaut que les brasseries de campagne prennent leur origine. Sur cette terre d’élevage et de céréales, se dressaient les “censes”, pittoresques fermes carrées, au porche parfois surmonté d’un colombier.

Au 14e et 15e siècles, les brasseries se multiplient. La bière devient une boisson populaire. A l’époque, il était conseillé de boire de la bière, dont la teneur en alcool éliminait les germes pathogènes, plutôt que de l’eau qui était souvent le vecteur de transmission des épidémies telles que le choléra, la peste… 

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Production de bière au moyen-âge dans un monastère

On considère qu’à l’époque médiévale, la bière était préparée selon le même principe qu’aujourd’hui avec bien sûr un matériel rudimentaire, et à la différence près que la boisson fabriquée jusqu’à la seconde moitié du XIVème siècle n’était pas houblonnée, c’est pourquoi elle portait le nom de cervoise.

L’activité brassicole se concentre dans les exploitations agricoles d’une certaine dimension car il faut disposer de céréales et de combustible en suffisance. 

Exploitations qui rassemblent outre la famille du censier, une domesticité à demeure et des saisonniers en nombre, c’est la « ferme brasserie ».

L’abondance des brasseries à l’époque reflète le caractère largement autarcique de l’économie, la fabrication de la bière est familiale. On consomme ce que l’on produit, et étant donné les difficultés de faire une bière de garde, on produit souvent et peu à la fois, principalement des bières à fermentation haute.

Il faut noter aussi que parfois certaines brasseries ne sont pas liées à des fermes mais à des estaminets, des auberges.

Le terme « brassin » vient du fait que l’agitation du moût, mécanique aujourd’hui, était réalisée à la force du «bras ».

Au XIXe siècle, la dif­fu­sion de la machine à vapeur dans les cam­pa­gnes favo­risera l’émergence d’une tech­ni­que brassicole.

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Brasserie au 17ème siècle 

Le signage et le gambage

La connaissance brassicole était empirique et les procédés reposaient sur l’observation minutieuse d’un certain nombre de phénomènes naturels qui se transmettait oralement de génération en génération.

La fermentation et ses bouillonnements de gaz carbonique revêtait un caractère mystérieux, il fallut attendre 1850 pour que Pasteur donne une explication scientifique à ce phénomène.  Ses recherches scientifiques sur les micro-organismes vont permettre de maîtriser peu à peu le processus de la fermentation alcoolique et d'améliorer les conditions sanitaires des brasseries afin de produire une boisson plus saine et plus claire.

Avant cette époque, de nombreux accidents de fabrication survenaient suite à un manque d’hygiène ou aux développements de levures ou bactéries parasites.

C’est pourquoi, les anciens brasseurs étaient amenés à croire à l’intervention de forces occultes pour prévenir de ces phénomènes nocifs.  

Le signage du brassin ou bénédiction par le curé revêtu de l’étole, faisait partie du rite courant qui s’accompagnait d’un « droit de signage », une redevance à payer ou taxe paroissiale et qui rétribuait l’acte du ministère paroissial.

A Huissignies, le curé a droit à la fin du XVIIIème à une part de bière qui se brasse dans la paroisse, cette part se traduisant par 2 lots par brassin au curé du village (Verus pastor) et 2 pots au collateur cad l'abbaye à laquelle appartenait la paroisse (Primitivus pastor) » (L'abbaye de Saint-Ghislain)

On relève dans les archives une sentence de la Cour de Mons en 1424, qui termine un conflit opposant l’Abbaye de Saint-Ghislain, demanderesse, et Thierry La Burier, brasseur d’Harchies, défendeur, qui refusait de payer le droit de « sainiage de plusieurs brassins de cervoise ». (Source: Le droit de signage au moyen-âge en Hainaut de Daniel Van haudenaerde)

Quant au « Cambage ou Gambage », c’était une seconde redevance à payer au seigneur de l’endroit représentant une compensation de l’abandon par le seigneur de la banalité de la brasserie (autrement dit compensation au fait que la brasserie ne faisait plus partie du domaine seigneurial).

Dans une lettre du 18 septembre 1791 qu'adresse Mr Peninck, receveur du Duc d'Arenberg à Husseignies, à la maison d'Arenberg, il signale que "Le fief de Husseignies a dans sa terre un droit de gambage qui se loue 9 livres annuellement. Ce droit de gambage consiste en 4 pots (*) de bierre que le fermier retire à chaque brassin, il s'en brasse 10 à 12 chaque année. Plusieurs habitants de Husseignies, pour éviter cette redevance vont brasser  dans le village voisin, soit à Ladeuze ou à Tongre-Notre-Dame et refusent les 4 pots". (Archives de la fondation d'Arenberg à Enghien / Liasse sur Husseignies...voir archive ci-dessous)

(*) le lot ou pot, mesure de capacité pour les liquides qui avait une valeur différente suivant l’endroit; à Huissignies, on utilisait la mesure dite du "Pot de Peruwelz" qui correspondait 1.85 litre.

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Les premières brasseries à Huissignies....

(Source: Archives de la ville d'Ath)

  •  1517: Nicaise Charlett d'Hunsegnies, brasseur au Parme ( en face des Ets Richart à la rue des Hauts Arbres )
  • 1523: Brasserie Fourmanoir chez Braisette (à la rue des Culots)
  • 1550: Sire Estien du Puch, prêtre demeurant à Hunsegnies vend à Pierre Flamen d'Hunsegnies: maison, brasserie, etc tenant au chemin des 2 sens (Rue des Culots )
  • 1555: Maison et brasserie de Jacques Lebrun au Parme
  • 1558: Ernould Bouillez, brasseur à Huncegnies.
  • 1596: Emile Robette, brasseur à Huncegnies vend à Hendrick Snyder, maison, chambre, brasserie, puich, 6 journels sur le grand maret (entre l'église et la Hunelle, sur la droite en descendant le sentier
  • 1599/1609: Guillaume Robette, brasseur.
  • 1609: Philippe Robette, brasseur vend à maître Jacquemart, curé, 18 livres 5 sols sur maison, brasserie tenant au rieu venant du Barbechin tenant des 2 côtés aux waréchais (musée de la vie rurale)
  • 1611: Vente d'une maison, brasserie rue du Monceau par Philippe Robette, carpentier et brasseur. Acquéreur: Jean Pleting. (en face du musée)
  • 1614: Guillaume Robette, cambier(*) vend à Claude du Buisson de Boussu, sa maison, brasserie, etc sur les triels (=Trieux
  • 1624: Toussaint Ghoret donne sa brasserie tenant au rieu Barbechin à Anne Rousseau, sa femme et à André de la Motte, fils d'Anne de son premier mari à charge d'un obit de vigiles à 3 leçons, sabre pour l'âme de Toussaint Ghoret et d'Anne Rousseau. Il a pour enfants: Jean-Nicolas-Jenne et marie qu'il a eu de sa 1ère femmeJeanne regnault. Anne Rousseau a un fils: Andrieu de la Motte qu'elle a eu d'Estienne de la Motte son 1er mari.
  • 31-12-1643: La maison et brasserie d'André de la Motte ont brûlé par cas fortuit. Pour rebâtir, il vend sous autorisation des échevins, Cour de Mons, les biens de ses enfants mineurs du 1er lit à Julien Legrand brasseur et cambier à Huncegnies, le 23-6-1644.
  • 1664: Guillaume Pletin, laboureur et brasseur demeurant à Hunchegnies vend à Jacques de la Forge, mayeur de Beloeil par l'intermédiaire de Philippe Jacquelard, maison brasserie, etc, et terre dont 1/2 bonnier appelé le Rond Courtil vis-vis de la brasserie au Joncquoy (derrière l'église en descendant la piedsente).  

 

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