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27/01/2018

Les briqueteux de Husseignies (1ère partie)

 Briquetier, un métier bien de chez nous…. !

Pour la construction, l’homme a toujours utilisé les matériaux que la nature mettait à sa disposition dans son proche environnement.

Ainsi, dans le sud du pays au sol riche en pierres, ces dernières se retrouvent dans l’architecture ardennaise. Plus près de chez nous, à Grandglise les carrières de sable ont fourni les sabourets de sable (ou cailloux de sable) et de nombreuses maisons locales ont été construites avec ce matériau.

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Chantier de briques au 15ème siècle (Nederlandische bijbel Utrecht)

A Huissignies, pas de pierre ni de sable, mais par contre un sol riche en limon et en argile, matériau d’excellence pour la production des briques.

C’est à partir du moyen-âge que la brique cuite apparaît. Néanmoins et malgré son prix de revient abordable, les petites gens continueront à utiliser le bois et le torchis jusqu’au début du 19ème siècle.

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Maison partiellement en torchis à la rue de l'église, aujourd'hui détruite

Au 19ème, on utilisait carrément la terre retirée des fondements des caves pour réaliser un chantier temporaire de production de briques, y compris la cuisson. Ainsi pour la construction de l’église fin 18èmedébut 19ème, un chantier fut improvisé dans la prairie entre l’église et la Hunelle. 

Des petites entreprises familiales se sont ainsi spécialisées dans la production locale et régionale de briques…c’était comme on disait des familles de « briqueteux » !

Certaines équipes partent le lundi vers 5 h du matin pour regagner le Borinage pour y fabriquer les briques et reviennent le samedi vers 18 heures; ils logeaient durant ces 6 jours dans des baraques disposées sur les chantiers. Une équipe était généralement formée de 8 personnes dont souvent un gamin de 12 ans.

Parmi ces familles on retrouve, avec les sobriquets de l’époque, les « Piotcher » (Labie), les « Grands Jules » (Duquesne), les « Barbins » (Dubrunquez).

Nos briquetiers régionaux qui ont acquis une solide réputation iront même à l’étranger. C’est par milliers qu’ils partiront en France et même beaucoup plus loin.

Briquetiers à la presse Alph. Renard et François Massy 1905 (Copier).jpg

Alphonse Renard et François Massy, 2 briqueteux de Husseignies en 1905

Une campagne de briques durait environ du 15 mars au 15 septembre. Les équipes de briquetiers alternaient en général campagne de brique et campagne de sucrerie.

Au début du XXème siècle, l'instituteur Meurant fut le premier à prendre l'initiative de lancer une briqueterie  à Husseignies au chemin de Canteleux avant la ferme du Risqu'à tout.  

Dans la continuité, Labie Oscar exploita vers 1925 un talus qui s’y prêtait bien à la rue Notre-Dame des Champs, plus précisément à la jonction avec la rue de Canteleux. Ce chantier se perpétua jusqu’à 1945, il exploita aussi d'autres chantiers à Ellignies-Ste-Anne et à Beloeil

Briqueterie Labie Huissignies La presse à moteur Alfred Labie et Jules Stamane (Copier).jpg

Alfred Labie, fils d'Oscar, dernier entrepreneur briquetier de Huissignies et la presse mécanique vers 1940

Les briqueteux étaient payés à la production; vers 1925, on estimait le salaire brut entre 30 et 35 francs le mille briques. Toutefois, le prix pouvait varier en fonction de la difficulté du chantier (épaisseur de la veine d’argile, nouveau chantier à exploiter, difficulté d’approvisionnement d’eau…etc). Il faut aussi mentionner qu’en raison d’un temps de travail de 15 heures par jour, une équipe façonne en moyenne 1 million de briques sur une campagne de 6 mois.

La matière première et autres matériaux 

C’est d’abord l’argile (eul gaune terre) à laquelle on peut ajouter un peu de sable car dans notre région l’argile était jugée trop grasse.

L’argile était tirée à l’aide d’une longue bêche dite terrassière au fer long (+- 50 cm) et étroit au début de l’hiver. L’ouvrier devait suivre scrupuleusement la veine d’argile et ne pas prélever la couche de marne sous-jacente. L’argile était laissée à même le sol tout l’hiver en couche de faible épaisseur; les intempéries « eskettent les ruques » (cassent les agglomérats d’argile plus dures).

Une autre matière première est l’eau qui utilisée en grande quantité était le plus grand souci des briquetiers. Quand la nappe n’est pas trop profonde, on fait appel à un puisatier qui creuse un puits sur le lieu d’exploitation de l’argile. On remonte alors l’eau avec un seau, une corde et une poulie. Si un ruisseau coulait dans l’environnement proche, ils construisaient un chenal, que l’on remplissait d'eau au fur et à mesure, vers le chantier. 

Le charbon qui servait de combustible pour le four de cuisson des briques. Il était acheminé par tombereaux de 1500 à 1800 Kgs. Le charbon était déchargé le plus près possible du four de cuisson. Il était livré sous forme de gaillettes qu’ils cassaient au marteau pour le réduire en divers calibres jusqu’à la forme la plus fine, le poussier.

La paille de seigle pour confectionner les claies ou paillassons. Ces derniers étaient confectionnés avant la campagne et servaient à protéger contre les intempéries les briques qui sèchaient.

Du bois pour l’allumage du four de cuisson.

Les perches, genre perches à houblon qui servaient à protéger la briquetterie avec les paillassons lors des tempêtes de fortes pluies et de vents.

Enfin sans oublier….la bière en tonneau pour abreuver tout le personnel. Le tonneau était entreposé avec précaution dans une cavité creusée dans le talus, à un endroit ombragé recouvert d’un paillasson et arrosé si nécessaire quand il faisait trop chaud. 

Briquetiers à Flénu 1905 Patron Dumonceau (Copier).jpg

Equipe de briqueteux à Flénu chez les patrons Dumonceau 1905

Prochaine rubrique: L'organisation d'un chantier et la cuisson des briques.

Sources: Témoignage de Paul Meurant, Briques et briquetiers (Musée de la vie rurale Huissignies). Les briqu'teux de Robert Arcq (Edition de l'association littéraire wallone de Charleroi). Les briqueteux par Marcel Labie. Photos de la collection du musée de la vie rurale Huissignies.