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30/03/2018

La Cense de la Tourette (1ère partie): Propriété de la noble famille Dessuslesmoustier-Boveckerke

 

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Photo du "Court Tournant" prise au début du 20ème et qui laisse apparaître dans le fond l'imposante "Cense de la Tourette"

Disparue du paysage de la rue de l’église depuis le début des années 70, la cense de la Tourette (appelée aussi dans la langue du village Ferme Bécart) imposait de par son volume et son étendue.

Localisation: elle se situait à l’endroit où ont été bâties les maisons Horlait-Wildeman, Nisolle-Bernard  et Dugauquier-Dath.

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Photo de 1980, sur laquelle apparaîssent encore les murs d'enceinte de la Cense de la Tourette

( Photo de Ovide Canseliet)  

La première vision de cette demeure chargée d’histoire apparaît sur la peinture à la gouache réalisée par Adrien de Montigny vers 1550 et extraite des albums de Croy. Cette vue panoramique du village de Husseignies (en cartouche Heucegney) permet de discerner parfaitement la silhouette de la ferme dont la tourette domine largement au dessus de la toiture.( Juste à côté l'église, à sa gauche)

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Sous la féodalité, cette ferme seigneuriale, juridiction de Ladeuze (Seigneurie d’Hardempont) avec son moulin à vent situé à quelques centaines de mètres, ses terres et ses près, ses aulnaies, constituait un fief important de la seigneurie d’Hardempont, seigneurie secondaire de Husseignies, enclavée dans le dit village. De la tour de guet, le censier pouvait surveiller ses terres et l’ardeur de ses valets qui y travaillaient, de là il pouvait aussi voir tourner son moulin à vent.

Cet important domaine agricole de plus de 30 bonniers (1 bonnier = 1.26 Ha suivant la région) était une ferme en carré, fortifiée avec tourette, muraille d’enclosure, pigeonnier et porche d’entrée avec armoirie en clé de voûte. Bâtie sur 10 journelles (1 journelle = 32 ares) dont 7 journelles 40 verges sont des fiefs relevants de la seigneurie d’Hardempont. Il y avait un fief de l’abbaye de Saint-Ghislain.

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La Cense de la Tourette sur le plan Ferraris (1770)

La ferme a été bâtie par la noble famille d’origine flamande Dessuslesmoustier et connue anciennement sous le nom Bovekercke. Cette famille s’établit au début du XVème siècle dans le comté du Hainaut où elle occupa à partir de ce moment une position distinguée. Dès 1424, elle donne plusieurs échevins à la ville de Mons.

Le porche d’entrée arborait en son cintre le blason de la famille Dessuslesmoustier Boveckerke aujourd’hui conservé par la famille Dugauquier-Dath : Armes d’argent à deux bandes de sable. Cimier : un buste de more tortillé d’argent et habillé aux armes de l’écu. Une annotation en bas du blason rappelle que la famille s'appelait Bovekercke (boven de kerk) qu'elle a traduit par « par-dessus le moutier » (mot ancien désignant l'église paroissiale). La date de 1719 figure aussi en bas du blason et laisse supposer que le porche fut construit à cette date.

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Si on ne connait pas exactement qui fut à l’origine de cette construction, par contre on en connait plus sur la descendance de la noble famille qui occupa en dernier lieu la ferme. Thomas Dessuslesmoutier, Seigneur de Broeucq né le 11 octobre 1682 à Grandmetz épousa Marie Isabelle de Mesnage née à Mons le 22 août 1691; le couple s’établit à la ferme de la Tourette où naquirent leurs 11 enfants (entre 1720 et 1732) dont 9 survivront. Ils naquirent tous à Husseignies et y furent baptisés. Les archives témoignent de l’énergie et du dévouement qu’Isabelle dépensa sans compter pour établir ses enfants honorablement.

Elle sacrifia sa résidence de la Tourette pour permettre à son fils aîné Jacques Antoine de se mettre au service du roi et de lever une compagnie d’infanterie wallonne au service donc des Pays-Bas autrichiens; un noble se mettant au service du roi levait des soldats qu’il devait équiper et payer. Il fut incorporé au 38ème régiment d’infanterie de Ligne pour lequel il devint capitaine major au service impérial et commandant de la ville de Damme de 1760 à 1781. En 1782, après 40 ans de bons et loyaux services militaires, il introduit une demande auprès de l’empereur d’Autiche pour accéder au titre de baron. Il mourut en 1792 à Mons quelque temps après le décès de sa fille Catherine.

Deux autres de ses frères embrassèrent aussi la carrière militaire tandis qu’un autre frère et les sœurs entrèrent en religion ; ces dernières au couvent de Ath.

Après la vente de la ferme et d’une partie du domaine, la veuve Dessuslesmoustier se retire en la ville de Mons.

2 documents à propos de la généalogie des Dessuslesmoustier......

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Prochaine rubrique: L'après Dessuslesmoustier....... 

24/02/2018

Les briqueteux de Huissignies (2ème partie)

                                L’organisation d’un chantier de fabrication de briques 

Au printemps commençait la campagne, les équipes se mettaient en place : souvent 7-8 hommes, « un gamin » et parfois une femme autour de la presse mécanique.

La tâche préliminaire consistait à enlever la couche de terre arable pendant l’hiver, cette terre étant impropre à la fabrication d’une brique.  

Ensuite, avec une rasette spéciale (ou grattoir) , un ouvrier agenouillé raclait le talus de haut en bas par un va et vient régulier des bras…un sacré travail de musculation !

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Ouvrier avec sa rasette et son tas de terre

De façon à obtenir une terre homogène, on la prélevait à divers endroits, ensuite on la remuait à la houe et on l’ humidifiait au besoin. Pour homogénéiser la préparation de terre, on la « pestellait » à pieds nus (on la foulait en l’écrasant à pieds nus). Quand elle est bien mélangée, on la laisse en tas jusqu’au lendemain.

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Equipe de briquetiers, l'extraction de la terre et le raclage des talus

La terre ainsi préparée est chargée avec la large pelle sur une brouette à planches latérales et amenée sur le lieu de moulage par l’ »brouteu » (l’ouvrier chargé de conduire la brouette). De longues plates bandes de roulage en tôle d’acier servaient de chemin de roulage aux brouettes équipées de roues cerclées d’un bandage en fer.  

Cette terre bien préparée était ensuite pelletée et jettée dans la presse qui était installée le plus près possible sur de lourds madriers en bois .

C’était un travail d’équipe organisé, chacun avait sa place et son rôle. Il y avait le chargeur, le presseur, le démouleur et le brouetteur. S’ajoutait un gamin de service (eul djambo) qui devait jeter une poignée de sable dans la presse pour éviter l'adhérence aux parois. Ensuite, le mouleur actionnait un long levier (ou une manivelle) pour presser la terre dans le moule double et une fois l’action terminée, on relève le levier et apparaissaient les 2 briques moulées.

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Briquetiers au travail à la presse à main. Un chargeur la pelle en main, un autre au levier (le mouleur) , un gamin pour le placement des briques moulées sur la brouette, et le dernier homme à droite pour le transport et la mise à sècher 

Le gamin retirait les 2 briques et les plaçaient sur une brouette spéciale, à large plateau et dotée d’un dossier, et on recommençait l’opération de moulage jusqu’à la fin de la journée.

Une fois la brouette remplie, un ouvrier l’emportait et disposait les briques « crues » en une haie cad en claire voie pour qu’elle s’assèchent. On va donc constituer des espèces de murailles hautes de 1.20 à 1.50m et de 4 briques d’épaisseur. Les briques sont posées à chant en quinconce et non jointives pour assurer un maximum de ventilation. La haie était abritée et protégée de la pluie par des paillassons de paille de seigle. Il n’était pas rare lors de violents orages nocturnes qu’il faille se lever en catastrophe et venir renforcer la protection des haies.

Les briques vont ainsi sècher lentement pendant quelques mois jusqu’à la cuisson.

La cuisson

Les équipes de cuisson étaient constituées de 7 à 8 personnes plus un « gamin » et se reproduisait 3 ou 4 fois par campagne suivant les besoins.

Première étape: le cuiseur (eul cuiseu) doit d’abord estimer le volume de briques à cuire et trace sur le sol le plan de base du four en rapport avec le volume; le principe étant d’ éviter de donner une trop grande hauteur au four de cuisson.

On façonne ensuite le pied du four ou sole du four: sur une hauteur de 60 cm on monte un mur de briques (6 tas) précuites lors d’une cuisson précédente. On laisse des espaces vides entre les briques pour faciliter la ventilation et le tirage nécessaire à la bonne combustion du four. On ménage des sortes de tunnels horizontaux communiquant à des puits verticaux de la largeur d’une brique. Ces puits seront ensuite remplis de charbon de bois et de gaillettes cassées pour le démarrage du feu.

Le 6ème tas est recouvert de charbon fin sur toute sa surface. Au moyen de fagots et de paille enfoncés dans les tunnels, on mettait le feu qui gagnait assez rapidement toute la surface du four par les galeries aménagées. Le feu était préparé à côté du four.

Les « brouteus » amènent des briques crues au « cuiseu » qui les étalle côte à côte sur chant et sur le charbon fin.

Tous les 3 tas, on étalle une couche de charbon fin que l’on apporte dans des « mantes à carbon », mannes d’osier remplies de charbon en combustion que l’on se passe de main en main depuis « eul cartcheu » (le chargeur) qui les remplit au tas jusque finalement tout en haut de la fournée.  

Chaque soir, on crépit la face extérieure des tas posés durant la journée avec de l’argile mélangée de paille hâchée; ce mélange se faisait pieds nus.

La chaleur est ainsi maintenue à l’intérieur du massif et les briques à l’extérieur sont ainsi bien cuites. La paille sert de liant au mélange plafonné et l’évite de se crevasser.

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1910. Edification du four à ciel ouvert. A remarquer: l'enduit sur la surface du four, la corbeille en osier pour la manutention du charbon, les 4 briques que l'on s'apprête à lancer au-dessus. 

Le réglage du feu intérieur du four se fait en bouchant ou en ouvrant les tunnels d’arrivée d’air au pied du massif suivant la direction du vent.

Lorsque le four prend de la hauteur, on y place un échafaudage mobile, constitué de planches posées sur des crampes, barres de fer assujetties dans la masse des briques. Les ouvriers juchés sur ces planches travaillent « à pont » et reçoivent les briques et les paniers de charbon qu’ils transmettent à ceux qui les disposent sur le dessus de la fournée.

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Equipe de briqueteux d'Hunchenies au travail d'édification d'un four (voir l'échaffaudage et l'ouvrier dit "de pont" qui assure le passage des briques vers le haut du four) 

On entretenait le feu en ajoutant régulièrement du combustible par des trous pratiqués dans les murs ou dans les voûtes.

Il faut mentionner que ce travail en pleine nature était cependant polluant pour le personnel ! En effet, au début de chaque journée se dégageait autour du four des gaz de combustion du bois et du charbon, et pour remédier à ce fait, ils se dépêchaient à monter de 2-3 lits de briques pour couvrir cette nappe de gaz.

Lorsque la fournée est terminée, on couvre d’une épaisse couche de cendrée ou de sable afin d’isoler complètement le feu et le forcer à couver.

Le chargement d’un four pouvait prendre 8 à 10 jours et la cuisson d’une fournée durait près d’un mois ; il arrivait que lors du défournement après refroidissement que le centre du massif soit encore rouge.

Les travailleurs étaient chaussés de gros sabots de bois à semelle épaisse pour se protéger du feu.

Le bon résultat dépend du chef cuiseur qui doit non seulement conduire son feu depuis le début, le maintenir en assurant le tirage optimal, mais aussi éviter des affaisements qui pourraient se produire à cause d’une mauvaise répartition du feu dans le four.

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                                                Triage et vente


La répartition de la température dans ces fours n’était pas régulière et le degré de cuisson variait d’une brique à l’autre, ce qui engendrait des différences de couleur et de qualité. Il fallait donc les trier lors du défournement après le refroidissement du four (ce travail s'effectuait dans des conditions insalubres en raison de la grande quantité de cendres qui recouvraient les briques).

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Un mur de briques anciennes....une incomparable variété de couleurs châtoyantes!

Celles correctement cuites (premier choix) étaient réservées aux parements.

Celles insuffisamment cuites (les briques pâles, roses claires) étaient destinées aux maçonneries des murs intérieurs de la maison, où elles ne risquaient pas le gel.

Les briques surcuites, (ou « boulies »), et ayant souvent perdu leur forme régulière (des chabots), étaient utilisées pour les fondations ou pour les maçonneries où une résistance mécanique élevée était souhaitée. Elles étaient aussi moins perméables à l’humidité ascencionnelle.

Après la guerre 14-18, la reconstruction de bâtiments battait son plein d’où une demande importante de briques. La production avait beaucoup de peine à remplir la demande ; les briques étant même chargées toute chaudes dans les tombereaux de transport. Le prix des briques était calculé au mille et étaient comptées à haute voix lors du chargement.

Il est à mentionner que les briqueteries étaient classées dans la catégorie des établissements dangereux. Pour cette raison, de nombreuses conditions entouraient leur installation et une enquête commodo et incommodo était réalisée avant que le collège des bourgmestres et échevins puissent délivrer une autorisation.

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1938: Le dernier chantier de la briqueterie Labie à Huissignies au lieu-dit "Mont Bruneau"

De gauche à droite: Marcel Labie, Mariette Lorphèvre, Alfred Labie, Oscar Labie patron briquetier; assis: Sylva Labie (Père de Marcel), Jean Bergeret et André Labie. A noter, le sèchage des briques crues en haies.

Après la 2ème guerre, les briqueteries temporaires disparurent et furent remplacées par des briqueteries fixes industrialisées à four continu.

Ainsi s'arrêtera l'ère des briquetiers itinérants......!

Sources: Témoignage de Paul Meurant, Briques et briquetiers (Musée de la vie rurale Huissignies). Les briqu'teux de Robert Arcq (Edition de l'association littéraire wallone de Charleroi). Les briqueteux par Marcel Labie. Coup d'oeil sur Beloeil ASPB N°152  2017/4. Photos de la collection du musée de la vie rurale Huissignies et de la famille Abel et Elie Labie.

27/01/2018

Les briqueteux de Husseignies (1ère partie)

 Briquetier, un métier bien de chez nous…. !

Pour la construction, l’homme a toujours utilisé les matériaux que la nature mettait à sa disposition dans son proche environnement.

Ainsi, dans le sud du pays au sol riche en pierres, ces dernières se retrouvent dans l’architecture ardennaise. Plus près de chez nous, à Grandglise les carrières de sable ont fourni les sabourets de sable (ou cailloux de sable) et de nombreuses maisons locales ont été construites avec ce matériau.

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Chantier de briques au 15ème siècle (Nederlandische bijbel Utrecht)

A Huissignies, pas de pierre ni de sable, mais par contre un sol riche en limon et en argile, matériau d’excellence pour la production des briques.

C’est à partir du moyen-âge que la brique cuite apparaît. Néanmoins et malgré son prix de revient abordable, les petites gens continueront à utiliser le bois et le torchis jusqu’au début du 19ème siècle.

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Maison partiellement en torchis à la rue de l'église, aujourd'hui détruite

Au 19ème, on utilisait carrément la terre retirée des fondements des caves pour réaliser un chantier temporaire de production de briques, y compris la cuisson. Ainsi pour la construction de l’église fin 18èmedébut 19ème, un chantier fut improvisé dans la prairie entre l’église et la Hunelle. 

Des petites entreprises familiales se sont ainsi spécialisées dans la production locale et régionale de briques…c’était comme on disait des familles de « briqueteux » !

Certaines équipes partent le lundi vers 5 h du matin pour regagner le Borinage pour y fabriquer les briques et reviennent le samedi vers 18 heures; ils logeaient durant ces 6 jours dans des baraques disposées sur les chantiers. Une équipe était généralement formée de 8 personnes dont souvent un gamin de 12 ans.

Parmi ces familles on retrouve, avec les sobriquets de l’époque, les « Piotcher » (Labie), les « Grands Jules » (Duquesne), les « Barbins » (Dubrunquez).

Nos briquetiers régionaux qui ont acquis une solide réputation iront même à l’étranger. C’est par milliers qu’ils partiront en France et même beaucoup plus loin.

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Alphonse Renard et François Massy, 2 briqueteux de Husseignies en 1905

Une campagne de briques durait environ du 15 mars au 15 septembre. Les équipes de briquetiers alternaient en général campagne de brique et campagne de sucrerie.

Au début du XXème siècle, l'instituteur Meurant fut le premier à prendre l'initiative de lancer une briqueterie  à Husseignies au chemin de Canteleux avant la ferme du Risqu'à tout.  

Dans la continuité, Labie Oscar exploita vers 1925 un talus qui s’y prêtait bien à la rue Notre-Dame des Champs, plus précisément à la jonction avec la rue de Canteleux. Ce chantier se perpétua jusqu’à 1945, il exploita aussi d'autres chantiers à Ellignies-Ste-Anne et à Beloeil

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Alfred Labie, fils d'Oscar, dernier entrepreneur briquetier de Huissignies et la presse mécanique vers 1940

Les briqueteux étaient payés à la production; vers 1925, on estimait le salaire brut entre 30 et 35 francs le mille briques. Toutefois, le prix pouvait varier en fonction de la difficulté du chantier (épaisseur de la veine d’argile, nouveau chantier à exploiter, difficulté d’approvisionnement d’eau…etc). Il faut aussi mentionner qu’en raison d’un temps de travail de 15 heures par jour, une équipe façonne en moyenne 1 million de briques sur une campagne de 6 mois.

La matière première et autres matériaux 

C’est d’abord l’argile (eul gaune terre) à laquelle on peut ajouter un peu de sable car dans notre région l’argile était jugée trop grasse.

L’argile était tirée à l’aide d’une longue bêche dite terrassière au fer long (+- 50 cm) et étroit au début de l’hiver. L’ouvrier devait suivre scrupuleusement la veine d’argile et ne pas prélever la couche de marne sous-jacente. L’argile était laissée à même le sol tout l’hiver en couche de faible épaisseur; les intempéries « eskettent les ruques » (cassent les agglomérats d’argile plus dures).

Une autre matière première est l’eau qui utilisée en grande quantité était le plus grand souci des briquetiers. Quand la nappe n’est pas trop profonde, on fait appel à un puisatier qui creuse un puits sur le lieu d’exploitation de l’argile. On remonte alors l’eau avec un seau, une corde et une poulie. Si un ruisseau coulait dans l’environnement proche, ils construisaient un chenal, que l’on remplissait d'eau au fur et à mesure, vers le chantier. 

Le charbon qui servait de combustible pour le four de cuisson des briques. Il était acheminé par tombereaux de 1500 à 1800 Kgs. Le charbon était déchargé le plus près possible du four de cuisson. Il était livré sous forme de gaillettes qu’ils cassaient au marteau pour le réduire en divers calibres jusqu’à la forme la plus fine, le poussier.

La paille de seigle pour confectionner les claies ou paillassons. Ces derniers étaient confectionnés avant la campagne et servaient à protéger contre les intempéries les briques qui sèchaient.

Du bois pour l’allumage du four de cuisson.

Les perches, genre perches à houblon qui servaient à protéger la briquetterie avec les paillassons lors des tempêtes de fortes pluies et de vents.

Enfin sans oublier….la bière en tonneau pour abreuver tout le personnel. Le tonneau était entreposé avec précaution dans une cavité creusée dans le talus, à un endroit ombragé recouvert d’un paillasson et arrosé si nécessaire quand il faisait trop chaud. 

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Equipe de briqueteux à Flénu chez les patrons Dumonceau 1905

Prochaine rubrique: L'organisation d'un chantier et la cuisson des briques.

Sources: Témoignage de Paul Meurant, Briques et briquetiers (Musée de la vie rurale Huissignies). Les briqu'teux de Robert Arcq (Edition de l'association littéraire wallone de Charleroi). Les briqueteux par Marcel Labie. Photos de la collection du musée de la vie rurale Huissignies.

24/12/2017

Encore un crime à l'arsenic à Husseignies.....Nathalie Bal, femme infidèle et cynique, empoisonne son mari devenu gênant....

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Le 12 avril 1892, Van Cauwenberghe Jean-Félix, ouvrier à la sucrerie de Ladeuze, habitant Husseignies est pris de violents maux de ventre alors qu'il était occupé à travailler. Le soir et la nuit, les souffrances ne s'apaisèrent pas et le lendemain à midi, le Dr ronflette de Beloeil est appelé au domicile du malade mais trop tard, à son arrivée, il ne put que constater le décès. 

Van Cauwenberghe avait épousé Nathalie Bal; ils étaient tout deux originaires de Courtrai. Le couple habitait au 45, rue du Monceau (actuellement rue Augustin Melsens).

 La mort semblera suspecte car après le décès de Van Cauwenberghe, un homme habitant Renaix vient s'installer rapidement au domicile de la veuve. 

Dans l'Echo de la Dendre du 2 octobre 1892,on peut lire:

Vendredi le parquet de Mons, composé de Mr Meurcin juge d'instruction, Mr Sylvercruysse, procureur du roi, accompagné de Mrs Raulier et Dewez médecins légiste et de Mr Camille Ronflette médecin à Beloeil, s'est rendu à Husseignies pour faire l'autopsie du cadavre du sieur Van Cauwenberghe, décédé en cette commune le 13 avril dernier. Cette démarche fait suite au fait que la rumeur publique accuse la veuve Nathalie Bal d'avoir empoisonné son mari.

Dans l'Echo de la Dendre du 20 octobre 1892, on lit....

Le parquet de Mons a fait une nouvelle descente lundi à Husseignies à propos de la mort de Van Cauwenberghe; il est arrivé par le train de 9 heures.

Après interrogatoire, la femme Van Cauwenberghe et son amant ont été arrêtés et conduits à la prison de Mons. La rumeur publique dit que l'analyse des viscères du défunt a fait reconnaître qu'il avait été empoisonné par l'arsenic.  

La cour d'assises....

Nathalie Bal doit répondre de l'inculpation d'empoisonnement sur la personne de son époux. La cour attribue ce meurtre au désir de pouvoir afficher librement ses relations intimes avec son amant Verstraeten.

L'accusée est décrite comme étant "une petite femme boulotte à la figure anguleuse dénuée de toute forme de beauté". Son avocat est maître Georges Heupgen. La cour est composée de Mrs du Roy de Blicquy, président, de Le Bon et Patoul assesseurs. 58 témoins sont cités, tous habitent Husseignies, Ladeuze et Courtrai.

Les débats....

Nathalie Bal s'exprime bien en français, quoique son accent dénote son origine flamande.

Elle fait d'abord l'éloge du caractère de son mari, quoique elle ait eu la preuve de ses infidélités déjà en début de mariage. Pendant le séjour que le couple fit à Courtrai, un sieur Verstraete, tailleur d'habits, vint y prendre sa pension. 

D'après l'accusation, il ne tarda pas à devenir l'amant de la femme Van Cauwenberghe. Celle-ci s'en défend pourtant..."Je n'ai jamais eu d'amitié pour lui", dit-elle. Mr le président lui demande: "C'est un joli garçon Verstraete"?. elle répond: C'est un homme comme les autres, ce qui provoque le rire de l'auditoire.

Mr le président révèle que l'accusation établira non seulement les faveurs manifestes accordées par l'accusée à Verstraete malgré les coups qu'elle recevait de celui-ci sans protestation. Ce qui est plus grave, elle aurait dit à diverses personnes qu'elle préférait recevoir des coups de Verstraete que des baisers de son mari. Elle nie tout ça avec une phrase invariable: "Je vous demande bien pardon mechieu !".... c'est son boniment favori avec l'accent flandrien. 

Elle reconnait avoir prévenu Verstraete de la mort de son mari. Ce dernier n'est pas venu à l'enterrement mais quelques jours après, il est venu prendre ses quartiers chez la nouvelle veuve. Sur les circonstances de la mort de son mari elle raconte que ce dernier mangeant de la soupe qu'il jugeait trop peu salée, leur fils lui aurait donné par mégarde de la poudre se trouvant dans un sachet qu'il croyait être du sel, malheureusement on découvrira par la suite qu'il s'agissait d'arsenic. Mr le président lui fait remarqué l'invraisemblance de l'histoire bâtie de toutes pièces. En terminant, elle continue à proclamer son innocence..."je n'ai jamais manié de poison, je n'ai empoisonné personne, je ne tenais pas à devoir comparaître devant des messieurs comme vous, conclut-elle les débats."

Les témoignages....

Un premier témoin déclare que pour ceux qui ont côtoyé le couple, il ne faisait nulle doute que Verstraete était bien l'amant de Nathalie.

Mr le docteur Raulier déclare avoir pratiqué l'autopsie alors que le corps était dans un état de décomposition avancée. Les viscères ont été remises au pharmacien chimiste Victor Wanty qui y a découvert 1 gramme et 31 centigrammes d'arsénic. 

Le président conclut que cette quantité est loin d'être une pincée de sel.

Un autre témoin Léopold Graf, ingénieur à Anvers, autrefois à la sucrerie de Ladeuze décrit Van Cauwenberghe; il parle de la victime en termes sympathiques. Il semblait jouir d'une excellente santé et ne manquait jamais à son travail.

Mr Strypstein intervient quant à lui en qualité de commissaire de police de Courtrai. Il y donne des renseignements défavorables sur l'accusée. 

Les collègues de travail du défunt le décrivent comme étant un homme doux, un brave ouvrier bien estimé et décrivent ses derniers moments qu'il passa à la sucrerie lorsqu'il fut pris de colliques violentes qui déterminèrent sa mort.

c'est au tour de Verstraete Henri de comparaître qui avec des gestes animés se défend d'avoir été l'amant de Nathalie et nie toute participation au fait criminel reproché. 

Florence Van Terman de Courtrai témoigne avoir reçu une confidence de Nathalie Bal: "Si verstraete me coupait la gorge et qu'ensuite je résusciterais, j'aimerais encore mieux rester avec lui plutôt qu'avec Van cauwenberghe".

Des témoins de Courtrai témoignent du fait que Verstraete battait Nathalie Bal et qu'il lui faisait des crises de jalousie quand elle regagnait son mari.

Le bourgmestre de Ramegnies-Chin, commune où le couple a vécu, témoigne que son garde-champêtre déclare que l'accusée était de moeurs légères bien qu'il n'aie jamais rien vu.

Un agent de police courtraisien, voisin de l'accusée,  déclare que lorsque Nathalie allait visiter son mari à Husseignies, elle recevait ensuite une "trique" de Verstraete.

Maître Heupgen deploiera sa plaidoireie sur le fait que toute cette affaire semble bien brouillonne sur les circonstances de la mort de VC et qu'il n'est pas convaincu de la culpabilité de Nathalie Bal.

2 questions seront posées aux jurés qui délibèreront pendant 40 minutes. Le verdict est affirmatif sur les 2 questions.

L'accusée éclate en bruyants sanglots durant la délibération de la cour. L'auditoire devenu très nombreux paraissait très ému de ces lamentations malgré le peu de sympathie dont jouissait l'accusée.

La cour a condamné Nathalie Bal à la peine des travaux forcés à perpétuité et à sa déchéance civile. (Echo de la Dendre du 26 mars 1893) 

Sources: Echo de la Dendre, Régistre de l'état civil de Husseignies. 

Le plus grand tueur chimique de l'histoire”... il faut signaler l'arsenic blanc (ou trioxyde d'arsenic, le plus souvent utilisé dans les empoisonnements criminels, une des versions de la « mort-aux-rats »).Le XIXème siècle fut sans doute le plus riche en épisodes d'empoisonnements, à l'arsenic surtout: on en comptait une quarantaine par an en France.Par la suite, le recours à l'arsenic pour empoisonner autrui, en raison sans doute des meilleures techniques médico-légales, diminua progressivement.L'arsenic fut l'un des outils qui permirent, à certaines périodes historiques, d'accélérer les transitions de pouvoir et de simplifier les arbres généalogiques, mais aussi de régler des conflits de voisinage, conjugaux ou des querelles d'héritage. (Wikepedia) 

01/12/2017

La guerre 14-18 (14): L'année 1917 dans notre terroir.....

L’année commence mal, une rumeur insistante évoquant « une prise d’hommes prochaine « court.

Le mercredi 3 janvier, l’ordre est affiché : tous les hommes de 17 à 55 ans doivent se trouver à Grandglise le samedi 6 à 11 heures. Aucune exception n’est admise. Pendant que les femmes préparent les paquets, les hommes recherchent les preuves d’occupation : certificat de travail, feuilles de contributions. Le samedi, tout le long du canal, un triste défilé, les hommes chargés de lourds paquets, les femmes et les enfants les accompagnant. A Grandglise, les hommes reçoivent leur numéro par ordre alphabétique et sont rangés militairement 4 par 4 dans une rue face à la maison communale. Les hommes sont triés entre ceux qui peuvent rester et ceux qui doivent partir. Les déportés iront travailler dans les camps en Allemagne, en France ou même en Belgique. Rien que pour l’entité de Beloeil, près de 1000 citoyens seront déportés, pour la plupart en France près du front. 19 y perdront la vie. Quatre hommes de Huissignies déportés mouront des suites de la déportation (Gaston Ghislain, Jaivenois Oger, Lefèvre Léon, Van Hulle Oscar). Finalement, les déportés mettront toute leur mauvaise volonté possible au travail et les allemands seront forcés de constater l’échec des déportations et permettront aux belges de rentrer chez eux.

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Des batteries allemandes commencent à prendre leur repos chez nous…..le 17 avril, une première batterie de prussiens prenant retraite du front pour se reposer nous arriva. On trouvait mille prétextes pour déclarer nos maisons impropres à l’accueil mais rien n’y fit. Les habitants s’accoutumèrent à leurs hôtes, ils y resteront jusqu’au 8 mai. D’inévitables amitiés parfois même naquirent…. !

Le 21 mai, nos villages deviennent réellement « zone d’étape « donc astreints à un régime de surveillance plus sévère.

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Le 24 mai, des schrappels éclatent au-dessus de Ladeuze. Ils sont lancés  contre 6 avions alliés par des canons allemands installés à Tongre-Notre-Dame. Le 25 mai, c’est une seconde batterie bavaroise qui s’y installe mais elle sera rappelée au front le 1er juin.

Le 13 juin, il faut livrer les objets de cuivre, d’étain, de bronze : chaudrons, casseroles, bouilloires, chandeliers…etc  mais toutes ces pièces seront soigneusement cachées et on ne portera que quelques vieux objets usagés.

Le 18 juillet, une nouvelle batterie saxonne forte de 200 hommes et 150 chevaux vient s’installer mais ils partiront le 2 août. Ensuite, ce sera une batterie prussienne qui viendra aussi s’installer.

Le 16 octobre, un aérostat en dérive s’abîma au Fayt à Ladeuze. Les aéronautes allemands en sortent indemnes.

Le 18 octobre, une batterie saxonne s’installe à Ladeuze. Quelques jours plus tard, ils donnent un concert sur la place du village pour célébrer la victoire de l’Allemagne sur l’Italie. Les villageois qui depuis le début du conflit tentent de garder « une distance patriotique » avec l’occupant ne se rendent pas à ce concert.

Le 1er novembre, le régime d’étape se fait particulièrement sentir : défense de sortir avant 6 heures du matin et après 8 heures du soir sous peine d’amendes.

Le 14 novembre, après la messe, un officier et 4 soldats pénètrent dans l’église pour y réquisitionner des objets, ornements divers….C’est bien triste de devoir perquisitionner dans une église , déclare gêné l’officier.

Le 15 novembre, par décision de l’autorité allemande, le contrôle des hommes de 17 à 50 ans ne se fera plus à Chièvres mais  à la maison communale du village. Il faut s’y rendre à la date et l’heure militaire; il est interdit de fumer, de parler ou gare les amendes.

Pendant le séjour d’une nouvelle batterie prussienne, se fait la livraison des laines de matelas. La salle de ravitaillement est désignée pour recevoir les lots de « flocons de laine » mais les amateurs se font rares, les gens préfèrent continuer à dormir sur des matelas remplis de paille et de foin.

Pour réparer les avions endommagés dans le ciel de France, la 17ème armée allemande installe un champ d’aviation aux environs du lieu-dit « le Lancier » entre Quevaucamps, Stambruges et Grandglise. Trois bosquets ainsi que le bois de Stambruges offrent un camouflage naturel aux hangars et aux troupes de protection. L’effectif dit de l’AFP 17 est composée de 27 officiers et de 128 soldats. Pour loger les  gradés, les plus beaux immeubles de Grandglise sont investis et leurs propriétaires expulsés. Des prisonniers de guerre russes, des déportés civils et des artisans locaux travailleront également à cette base aérienne de guerre improvisée.

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                                           AFP17, hangars, piste et avions. (WW.flieger-album de)

Sources: Histoire de Ladeuze (Abbé Demeuldre), Beloeil à l'heure allemande 1914-1918 (Lieven Malfait), Archives communales de Huissignies.  

29/10/2017

Le parcours de jeunes hochniots durant la 2ème guerre mondiale.....

Ils sacrifièrent 5 ans de leur jeunesse pour résister au nazisme.....

2. Florian Houx

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Voici le discours que prononça Florian à l’amicale des anciens prisonniers de guerre de Huissignies lors du 50ème anniversaire de la libération en 1995….Il relate son parcours de guerre :

Milicien de la classe 1939 au 3ème chasseur à pied de Tournai, 14ème compagnie, canon anti-char je suis entré à la caserne de Tournai un an avant la déclaration de guerre.

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Le  10 mai 1940, à l’entrée de l’armée allemande en Belgique, commencent les mouvements de troupes.

Ma compagnie prend position à Leuze au carrefour de Tourpes, puis retour dans les environs de Tournai et ensuite évolution vers Herent, Geel pour aboutir à Zingen sur les bords de l’Escaut.

C’est là que mon camarade Augustin Melsens de Huissignies et Jean Foucart de Beloeil trouvèrent la mort et ç’est là aussi que je fus fait prisonnier le 20 mai après des bombardements meurtriers par l’artillerie et l’aviation allemandes.

L’aventure ne faisait que commencer et cette aventure durera 5 ans.

D’abord traversée de l’Escaut en embarcation, puis direction Denderleeuw et Brasschaat à pied.

Ensuite, nous embarquons à bord d’un train qui longera la frontière hollandaise pour arriver finalement dans un camp où des milliers de prisonniers s’y trouvent déjà.

De là on repart toujours par train, ou plutôt un vrai convoi de bestiaux, on passe la frontière allemande direction le sud pour arriver au camp de Ludwisburg et on m’attribue le matricule 10.008 Stalag 5A et ensuite stalag 5B.

A partir de là, on nous répartit dans des fermes pour y faire la fenaison.

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Après un certain temps, on effectue une sélection par métier; je me déclare mécanicien et je suis envoyé dans une usine où je travaille sur un tour automatique qui produit des vis. La machine utilise beaucoup d’huile, ce qui provoque sur mes bras une irruption de boutons.

Je suis dès lors envoyé à l’infirmerie et on me choisit un autre travail dans une laiterie dans la ville de Ulm, dans le Bad-Wurtemberg  sur la rive gauche du Danube.

Nous sommes 2 prisonniers pour effectuer un travail très lourd : Nous devions réceptionner les cruches de lait et de crème des petites laiteries, les peser, les vider dans la baratte pour en faire du beurre et ensuite les nettoyer…ce qui revient à manipuler 50.000 litres de lait par jour pour en faire 3000 Kgs de beurre. Ajouter à cela le nettoyage du pasteurisateur et des 2 écrémeuses Alfa-Laval avec un bol énorme, il faut 2 hommes pour la soulever.

On nous permettra de boire du lait …mais en cachette !

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Nous logeons dans un fortin sous terre, un des 12 fortins vestiges de la guerre de Napoléon.

Nous préférons dormir à même le plancher de bois car les paillasses sont remplies de puces.

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Question manger, nous étions au régime de la ratatouille tous les jours; heureusement nous recevions régulièrement des colis de la famille et de la croix-rouge !

Un beau jour, à cause de l’avancée des troupes alliées, les allemands nous obligèrent à fuir en nous couvrant de drapeaux blancs de façon à ce que l’aviation nous repère.

Et enfin, nous rencontrons une jeep américaine qui nous libère et ils nous emmènent à la gare de Stuttgart où nous prenons un train en direction de Chalon-sur-Marne en France.

Pour vous parler de mes rapports avec la population allemande, je vous dirais qu’ils étaient quasi nuls sauf dans le cadre du travail quotidien. Je dirais enfin que j’avais des contacts un peu plus intimes mais néanmoins restés platoniques avec une jeune fille qui travaillait à la laiterie…. !

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01/07/2017

Le parcours de jeunes hochniots durant la 2ème guerre mondiale.....

Ils sacrifièrent 5 ans de leur jeunesse pour résister au nazisme......

1. Marcel Labie (2ème partie)

Pendant les mois qui suivent son retour, les activités de Marcel seront partagées entre la briqueterie de son oncle et les travaux à la ferme familiale.

Doté de notions de dessin industriel, il sera embauché dans cette spécialité par la fonderie Jadot à Beloeil le 25 septembre 1941.

Le 6 octobre 1942, l’occupant instaure une loi obligeant le travail obligatoire en Allemagne ….Dès ce moment, les allemands seront à la recherche de jeunes dont le profil les intéresse particulièrement.

Le 13 novembre 1942, une délégation allemande visite la fonderie Jadot et désigne parmi le personnel 10 jeunes aux compétences spécifiques; Marcel fait partie de ceux-là. Le lendemain, les recrutés sont priés de se rendre à Tournai pour remplir les formalités de déportation.

Sept autres hochniots  subiront le même sort: Herman Thibaut, Léon Massy, Marcel Carlier, Hector Labie, Roger Gilgean, Paul Barbieux et Emile Dubois.

La déportation

Le 16 novembre, les désignés déportés embarquent tous en gare de Huissignies pour l’exil vers l’Allemagne via le centre de regroupement de Mons. Ils arriveront à Leipzig le lendemain matin, il y fait glacial et il neige.

Les déportés sont dispersés, Marcel et Roger Gilgean sont désignés pour la même usine, une petite fonderie dans le petit village de Bösdorf à 10 Km à l’est de Leipzig. L’usine comporte une centaine de personnes et est spécialisée  dans les pièces pour le chemin de fer; Marcel est incorporé au bureau de dessin.

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Le village de Bösdorf près de Leipzig

D'emblée, la nourriture est réduite à sa plus simple expression: pain gris, choux, un peu de viande et un café « synthétique »…. Des colis en provenance de Belgique seraient les bienvenus!

Ils sont logés dans des baraquements; leur régime de travail est comme disent les allemands « la semaine anglaise » cad 5 jours de 10 heures de travail et ils reçoivent un salaire hebdomadaire de 12.47 RM (Reich Mark).

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Une des nombreuses lettres de Rose la fiancée de Marcel

Marcel reçoit un demi-jour libre par semaine pour y suivre des cours de dessin industriel à l’école technique de Leipzig ; ce qui est plutôt une nouvelle positive.

Le dimanche est réservé à la messe mais aussi aux travaux d’entretien de l’habillement et au nettoyage du baraquement. La première lettre de Rose sa fiancée arrivera le mercredi 3 décembre. Toutes les lettres leur étant destinées sont ouvertes par les autorités dont ils dépendent.

 Le 19 décembre un 1er colis de marchandises arrive de Huissignies !

Marcel constate que la population du village est assez courtoise, voire même sympathique; par contre la jeunesse embrigadée, « radicalisée au nazisme » est plus agressive . Pour se faire comprendre, ils utilisent un petit dictionnaire de traduction.

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La fonderie de Bösdorf

1943….

L’année 1943 est vécue au rythme des évènements de guerre dont les échos retentissent sur la population locale comme par ex la capitulation des nazis à Stalingrad ce qui provoque au sein de la population une sorte de sanctification des 200.000 victimes allemandes de cette célèbre bataille.

De fréquents passages d’avions sillonnent le ciel et menacent de bombardements ; les exilés sont dans ce cas priés de se disperser dans la campagne environnante, ce qu'ils finiront par considérer comme étant un fait distrayant.  

Sinon, l’ambiance parmi les déportés est assurément pessimiste, cafard et périodes de blues profond….comme on dit aujourd’hui, le « burn out » est plutôt généralisé, ce que l’on comprend aisément !

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A l'intérieur des baraquements, les déportés entassés.....Marcel en haut à gauche 

Le 6 août 1943, un certificat émanant du bourgmestre de Huissignies attestant que Marcel est fils de ferme lui parvient. Ce document est à remettre aux autorités du camp, il pourrait influencer pour obtenir une permission provisoire, le temps que la moisson puisse s’effectuer….malheureusement, la demande sera refusée par les responsables en place.

En octobre 1943, toute la région sera soumise à d’incessants bombardements qui provoquent invariablement la panique au sein de la population locale. Le mois de décembre verra de violents bombardements alliés sur Leipzig, la grande ville proche est en ruine.

Le réveillon du 31 décembre se passe en compagnie de déportés russes, tchèques et polonais qui vivent dans d’autres baraquements.   

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Un baraquement près de la fonderie

1944….

Le 4 janvier, Marcel reçoit un colis de marchandises envoyé de Huissignies le 25 novembre !

Roger Gilgean peut partir 2 semaines en congé mais Marcel doit s’en porter garant; ce qui signifie que si Roger ne revient pas en Allemagne, Marcel ne pourra à son tour partir en congé !

Le 2 février, les bombes pleuvent sur les villages environnants, tout tremble, l’horizon est en feu, un roulement infernal de tonnerre  retentit pendant environ 1 heure….scène d’apocalypse…heureusement les baraquements ne sont pas la cible de ce bombardement ! On leur dit que ces raids menés par les alliés seraient les représailles de bombardements allemands sur Londres.

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Il fallait bien se distraire comme on le pouvait le dimanche.....

En plus de son travail quotidien à l’usine et de son rôle de délégué des déportés du baraquement, Marcel est désigné cuistot suite à l’invalidité subite du préposé.

Juin 44, des rumeurs circulent sur un débarquement des alliés en Normandie, le moral de la population locale est au plus bas mais pour la revigorer, les autorités parlent plutôt de bombardements allemands sur Londres avec une nouvelle arme utilisée: les V2.

Le 1er juillet, ils sont priés de se rendre à Leipzig pour écouter une conférence de Léon Degrelle, le grand leader rexiste wallon. Un souvenir inoubliable pour Marcel et ses compagnons; ils découvrent une bête furieuse vociférant des discours haineux !  

En août et septembre, les bombardements alliés sur la région et particulièrement sur Leipzig s’enchaînent pendant que les bonnes nouvelles venant de l’ouest se multiplient: Paris est libéré par les américains, Charleroi, Tournai et Mons et ensuite Bruxelles le sont également.

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Marcel devant la porte de la fonderie

En novembre, de violents affrontements aériens se produisent entre les chasseurs allemands et anglais, c’est le grand fracas….! Le travail diminue à l’usine faute de combustibles ; le chemin de fer allemand est affecté par les bombardements ce qui explique le manque d’approvisionnement.

1945….

Après un mois d’inactivité, le travail reprend à la fonderie. Les rations de nourriture diminuent et en outre, les colis ne parviennent plus mais par contre une bonne nouvelle: les troupes russes progressent.

Le 10 avril, la gare de Leipzig est détruite et les chars américains se rapprochent par l'ouest. Les soldats allemands recherchent des tenues civiles, les usines arrêtent de fonctionner, le canon tonne aux portes de Leipzig et cette dernière est déclarée « ville sanitaire » pour être épargnée mais Hitler répète que l’Allemagne doit continuer à résister !

Le 11 avril, Marcel et ses compagnons se terrent dans un abri creusé dans le sol ; les chars américains sont tout proches et on entend le bruit des mitrailleuses.

Le 14 avril, ordre est donné aux prisonniers de guerre français d’évacuer; le climat est tendu et quelques heures plus tard, c’est à leur tour de recevoir l’ordre de partir. C’est l’effervescence, en une heure de temps, les bagages sont prêts et placés sur des charettes à bras. Ils partagent les restes de nourriture et se dirigent tous les étrangers ensemble vers un village où ils logeront dans une salle.

Le lendemain, on ne sait que faire d’eux et pour survivre, ils trouveront un peu de travail chez des maraîchers locaux. Les combats continuent sans cesse, les bombes pleuvent un peu partout.

La libération

Le mercredi 18 avril, hourah…un soldat américain  se présente à eux…c’est la délivrance après 884 jours d’exil !! 

Les habitants des villages sortent des drapeaux blancs, les jeunesses hitlériennes se réfugient dans les bois. Après le déluge des combats de la veille, enfin le calme revient ! L’armée américaine occupe le village et la nettoye !

Marcel et ses compagnons retournent à leur ancien baraquement près de l’usine, ils reçoivent du jambon, une caisse de biscuits et du pain de la boulangerie locale…mais ils sont obligés de rester car l’armée américaine engage la bataille de Leipzig où 1400 d’entre eux furent tués !

Le 23 avril, ils se dirigent à Leipzig où 5000 belges se regroupent.

Le 28 avril, l’Allemagne capitule.

Le 8 mai, l’Allemagne signe sa reddition à Reims…..c’est la fin officielle de la guerre.

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Le 1er char américain qui arrive à Huissignies ( Croisement rue Joseph Lizon et rue des Hauts D'Oignons) le 9 sept 1944

Le mardi 23 mai, après 919 jours de déportation, les exilés belges peuvent partir et embarquer sur un train qui se dirigera vers la France et ensuite le Luxembourg. Entrée en Belgique le 27 mai via Arlon, Namur et enfin arrivée à la gare d’Ath le 28 mai.

Marcel raconte : « Me voilà chez les Hainaut à la rue de Brantignies, c’est là que l’abbé Leleux, mon cousin  vicaire à Ath, est venu me chercher. C’est là aussi que ma fiancée Rose me rejoint ; nous sommes tombés dans les bras l’un de l’autre après cette terrible séparation ; ma mère et ma sœur l’avaient accompagnée. Eugène Mayeur averti par mon père est venu me rechercher avec sa voiture. A la maison, une fausse porte avait été dressée par mes voisins pour m’accueillir et je retrouve mon père Sylva et mon frère Willy et toute ma famille. Enfin, je suis chez moi »    

Et Marcel de conclure….

En 1944, nous étions 2.120.000 belges déportés en Allemagne. De leur exil, certains sont revenus avec une jeune femme russe ou polonaise.

Pendant ces  924 jours de déportation, nous avons subi 236 alertes ; au 27 mai 1944, nous en avions subi 190, les autres furent terribles mais par miracle, nous en sortons vivants !

Et dans l’ensemble notre détention dans un village de campagne près de Leipzig fut supportable en comparaison avec la détention dans les camps des grandes villes où la discipline était bien plus rigoureuse.

Dernière anecdote sinistre: un jour que nous n’avions plus à manger, nous avons du tuer le chat qui nous tenait compagnie pour pouvoir survivre quelques jours…. !!

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Le groupe de Marcel et le malheureux petit chat.....

 

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Marcel, 2ème à droite avec un groupe de déportés et prisonniers du village lors d'une commémoration du 8 mai dans les années 80 (On reconnaît aussi Emile Davister avec le flambeau, Alphonse Degouys, Albert Dorsimont, Aryl Martin....)  

 

Source: Mémoires de guerre, Soldat et travailleur déporté (Remémoration de faits saillants des 2280 jours qui gâchèrent six des plus belles années de ma vie) écrit par Marcel Labie.

02/06/2017

Le parcours de jeunes hochniots durant la 2ème guerre mondiale.....

Ils sacrifièrent 5 ans de leur jeunesse pour résister au nazisme.......

1. Marcel Labie (1ère partie)

Le jeudi 1er mars 1939, Marcel Labie est appelé sous les armes à la caserne Rucqoy à Tournai pour y faire son service militaire au 12ème chasseur à pied. Il est désigné pour devenir « Tireur Fusil Mitrailleur ». Quatre autres hochniots connaissent le même sort et l’accompagnent: Willy Croissieaux, André Jaivenois, Gérard Dubuisson et Jules Coulon. L’optimisme n’est pas de mise car la Pologne est déjà en guerre avec l’Allemagne.

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La guerre….

Le vendredi 10 mai 1940, l'Allemagne brise la neutralité de la Belgique et leurs troupes franchissent la frontière….C’est la guerre !

Marcel et ses comparses sont réveillés à 2 heures du matin, ils reçoivent armes et minutions et quittent la caserne 2 heures plus tard; ils se dirigent vers Gaurain-Ramecroix  où ils occuperont une ferme.

La nuit est mouvementée à cause des alertes incessantes, des combats aériens se poursuivront toute la journée, des raids destructeurs sont menés sur Tournai. A 3 heures du matin, la nuit suivante, ils embarquent en train à destination de Ath, Grammont, Alost et à l'entrée de Gand, le train essuye des tirs de mitraillette; les soldats fuient dans la campagne et rejoignent Gand où ils seront logés dans une école.

Le 13 mai, ils regagnent le village de Kieldrecht où ils sont logés dans le salon communal….pendant ce temps, les troupes allemandes progressent au travers de la Belgique. Le peloton de Marcel a pour mission de monter la garde de guet hors du village pour surveiller les avions ennemis.

Le 14 mai, ils voient défiler de nombreuses troupes françaises avec de lourds canons tirés par des chevaux; ces derniers se dirigent vers la Dyle pour y renforcer les troupes belges.Toute la nuit, des bataillons français et de cavalerie défilent avec leurs canons.

Le 15 mai au matin, tout tremble, les allemands se rapprochent, leurs canons tonnent, ils tirent sur des cibles distantes de 35 Km. Sur les routes, c’est un cortège permanent de citoyens qui évacuent et de troupes françaises. Dans l’après-midi le lieutenant décide de quitter et de partir à pied vers Beveren où ils embarqueront à bord d’un train.

A ce moment, le commandement belge s'est probablement résigné; on ne lutte pas à armes égales, les allemands sont bien mieux équipés que les alliés. De nouveaux plans de repli sur la France sont certainement élaborés.

Le train dans lequel ils ont embarqués se dirige le 17 mai vers Bruges, Dixmude, Boulogne et pendant 9 jours, ils se dirigeront vers le sud de la France via Bordeaux et Montpelier. Pendant tout ce temps, le ravitaillement fait défaut et est bien mal organisé.

Le 22 mai, ils débarquent à Avignon et poursuivent leur exode à pied au travers de villages de collines provençales; ils établissent leur camp dans une ferme du village de Saint-Gély.

Le 28 mai, ils sont toujours présents dans ce village; le commandant leur apprend que le roi Léopold III a capitulé, il le qualifie de « traître »; le gouvernement belge se retire vers Londres pour continuer la lutte et le roi est chassé.

Le lendemain, le bataillon est désigné « Bataillon de travailleurs ».

Le 7 mai, la TSF (radio de l’époque) annonce que les troupes belges repliées en France vont monter en ligne.... ce qui les rend inquiets.   

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Abandon et détention….

Le dimanche 9 juin, on les embarque dans un train de marchandise à Pont-Saint-Esprit en direction du nord-est de la France. Ils arriveront à Verdun le lendemain après-midi. Ils partent à pied dans la campagne évacuée, ils logent dans une ferme où ils trouvent de quoi se rassasier, ils y dormiront dans le fenil. A 23 heures, ils entendent les canons tonner. Le lendemain, il y aura des raids aériens sur Verdun.

La nuit du 14 au 15 juin, ils dorment par une nuit froide dans un bois près de Souilly au sud de Verdun. La nuit est rythmée par d’incessants passages d’avions de la DCA qui effectuent des bombardements sur Verdun.

Les 3 compagnies de la caserne tournaisienne marchent toujours ensemble vers Bar-le-Duc et ensuite vers Pierrefitte. Ils croisent des convois de ravitaillement qui montent vers le front et des troupes en retraite qui vont comme eux vers le sud des Ardennes françaises.

Le 15 juin, les gradés disent à la troupe : « Vous êtes libres, faites ce que vous voulez et allez le plus loin possible en direction de la Suisse…. !! » A partir de cet instant, c’est la débandade mais ils restent néanmoins groupés et se dirigent vers Epinal.

A Epinal, ils croisent les allemands qui mitraillent…Marcel sera légèrement blessé au bras droit; il sera soigné par un brave brancardier allemand et ensuite par la Croix Rouge.

Le 20 juin…OUF, la France signe l’armistice avec l’Allemagne ! Les allemands défilent dans la ville d’Epinal, Marcel reçoit une piqûre antitétanique à l’hôpital, les hochniots se retrouvent à la caserne de la même ville où ils peuvent se loger….mais pour se nourrir, c’est le règne de la débrouille !

Le 23 juillet, ils peuvent enfin partir. Ils embarquent à bord d’un train en partance pour Saarbrucke et ensuite direction Cologne.

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Le retour…..

Le train ne passera jamais le Rhin, ils ne sauront jamais pourquoi….toujours est-il que le convoi prendra la direction d’Hasselt où ils passent la nuit dans la gare.

Le 28 juillet, le train repart en direction de Mons et arrive à Jurbise.... le train ralentit….les hochniots en profitent pour sauter en bas du train et faire la belle; ils rejoignent Vaudignies à pied! Un habitant du village, l’oncle d’André Jaivenois les ramènent en voiture à Huissignies….

L’accueil chaleureux à Huissignies….

C’est dimanche et il est 10H30, les cloches sonnent et les paroissiens sortent juste de la messe….c’est l’effervescence. Ils sont entourés et embrassés par la foule en liesse qui en oublie le curé Marquegnies qui célébrait sa première messe….Il faut dire qu’ils étaient les derniers soldats qui rentraient au village; les autres ayant déjà regagné leur foyer depuis belle lurette.

Tout est bien qui finit bien….Marcel peut enfin retrouver sa famille et surtout sa fiancée Rose Dupont…… !!

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A l’endroit où ils furent ramenés à la rue de l’église, la famille Georges Croissiaux-Lorphèvre, parents de Willy Croissiaux, érigèrent une chapelle en 1945 en reconnaissance à Sainte-Rita, à Sainte-Thérèse et à la Sainte-Vierge. 

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Dès le lendemain, Marcel reprend le chemin du travail…à la briqueterie de son oncle Oscar Labie à Ellignies-Sainte-Anne…. !!

             La guerre n'est pas terminée pour autant pour Marcel....suite à la prochaine rubrique.

Source: Mémoires de guerre, Soldat et travailleur déporté (Remémoration de faits saillants des 2280 jours qui gâchèrent six des plus belles années de ma vie) écrit par Marcel Labie.

 

28/04/2017

Maurice Leleux, un hochniot dans les ordres.....il deviendra doyen de Leuze-en-Hainaut!

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Maurice Leleux naquit à la rue du Pluvinage le 28 août 1915, il était le fils de Eugène Leleux (6/11/1870-8/11/1946) boucher et de Claire Dubois (26/4/1876-9/12/1935)....des racines "hochniotes" qu'il ne reniera jamais.

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Son père Eugène exploitait la boucherie au 9 de la rue du Pluvinage; cette dernière sera ensuite reprise par le neveu d'Eugène, Felix Lorphèvre qui assurera sa continuité jusqu'en 1965, année de son décès. C'est Guy le fils de Félix qui reprendra la boucherie jusque sa retraite début des années 90.

Adolescent, il découvre la JOC (Mouvement des jeunesses ouvrières chrétiennes) et est directement séduit par les discours de Monseigneur Cardijn (*), empreints d'humanité et de militantisme à l'égard du monde ouvrier chrétien. 

Engagé dans la JOC de Beloeil au côté du vicaire Arille Delange, il devient permanent jociste. Cette mission consistait entre autres, à enfourcher le soir son vélo, pour se rendre à la réunion des sections locales environnantes. Il lui arrivait de loger chez le curé de la paroisse visitée. Il assuma pendant des années ce rôle d'animateur itinérant.

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Un petit air de curé de campagne........

Il est ensuite entré au séminaire en "vocations tardives" à Saint-Gérard vers 1937; il  restera quelques années chez les assomptionnistes pour y apprendre le latin.  

Après sa théologie au séminaire de Tournai, il fut ordonné prêtre le 25 juillet 1943. Il devenait ainsi le premier permanent jociste ordonné prêtre.  

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Le cortège des prémices quitte la maison familiale de la rue du Pluvinage à Huissignies

Les cérémonies de prémices solennelles eurent lieu à Beloeil le 1 août 1943 et à Huissignies le 8 août.

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Le cortège des prémices à Beloeil à la Grand Rue

En 1945, il est nommé vicaire de la paroisse Saint-Martin à Ath, puis nommé l'année suivante aumônier des oeuvres de la région d'Ath-Lessines-Enghien. Il parcourait les villages pour susciter et soutenir les responsables des mouvements d'action catholique; il restera dans l'aumônerie jusqu'en 1963. 

En 1963, il fut nommé doyen de Leuze-en-Hainaut; le vicaire général du diocèse de Tournai Mgr Joos procéda à l'installation du nouveau doyen le 9 juin.  

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La cérémonie d'installation comme doyen de Leuze (Photo du Courrier de l'Escaut)

Amateur du beau, il fit procéder en collaboration avec les autorités communales à la restauration de l'église décanale de Leuze à la fin des années 70.

Après 25 ans d'apostolat du doyenné de Leuze, il abandonne ses fonctions le 18 septembre 1988 à l'âge de 73 ans. A cette occasion, le bourgmestre Soudant évoque les bons rapports entre l'administration communale et la paroisse en précisant que de doyen Leleux s'était bien intégré à la vie associative leuzoise.  

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                Durant la messe d'adieu et de succession le 18 septembre 1988 à la collégiale de Leuze.

Pétri d'humilité et d'attention, il a marqué tous ceux qui l'ont côtoyé. Il souligna régulièrement "qu'être chrétien, c'est souvent ne pas faire comme tout le monde".

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A l'occasion d'une procession à Huissignies, à la chapelle de la Vierge à l'Enfant du musée de la vie rurale

Après sa retraite, il continua à vivre à Leuze et s'occupa activement de la vie de la paroisse en assurant notamment la chronique "Du haut du clocher" sous le pseudonyme "Chanteclerc" dans l'hebdomadaire paroissial "Dimanche". Au travers de ses billets, il se plaisait à rattacher des faits qui touchaient de près la vie familiale et l'éducation des jeunes au but chrétien de l'existence.

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                   Il s'éteint le 15 février 1990 à la clinique de Leuze victime d'un second accident cardiaque.

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Il repose au cimetière de Huissignies dans la tombe de ses parents. 

(*) Joseph Léon Cardijn est le fondateur en 1925 de la jeunesse ouvrière chrétienne, la JOC. Nommé cardinal en 1965 par le pape Paul VI, il est l'un des principaux acteurs de l'engagement social de l'Eglise catholique romaine au début du XXème siècle. — Wikipédia  

Sources: Bibliothèque du séminaire de Tournai, Archives du cercle d'histoire de Leuze en Hainaut, Photos collection de la famille Labie, ferme du Moulin à Vent Huissignies.

Dans la colonne de droite, un album photo qui illustre la vie de Maurice Leleux. 

01/04/2017

Une cabale amoureuse "qui tourne au vinaigre"....

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On peut lire dans l’écho de la Dendre du 13 septembre 1891….

Un crime a été commis dans la nuit de dimanche à lundi à Husseignies. Un jeune homme de Ladeuze du nom de Julien M…… , courtisait une jeune fille appelée Louisa B…….

Le père de cette dernière, âgé de 63 ans, était couché dimanche soir au rez de chaussée, lorsqu’il crut percevoir du bruit dans la chambre de Louisa : il se hata d’y monter et y découvrit sa fille en compagnie de M……

Que se passa-t-il, on ne sait. Toujours est-il qu’alors deux coups de révolver retentirent et le vieillard tomba baigné dans son sang. Une balle lui avait brisé l’extrémité d’un doigt, tandis qu’une autre pénétrait dans l’abdomen, perforant l’intestin. Tandis que le fils et la mère se précipitaient au secours de la victime, les deux coupables prirent la fuite et se réfugièrent dans les bois de Beloeil.

Vers  6 heures et demi du matin, des médecins arrivèrent et tentèrent d’extraire la balle, opération qui ne put réussir.

Le parquet de Mons immédiatement prévenu est arrivé à Husseignies par le train de 1 heure 37 après midi.

Lundi matin, les gendarmes de Basècles en tournée, aperçurent les deux coupables dans le bois de Beloeil.     

Ils voulurent les appréhender au corps, mais M…… à la vue des uniformes, braqua son révolver sur sa compagne en annonçant sa volonté de la tuer, puis de se tuer ensuite. La jeune fille détourna le coup et son compagnon se sauva.

Elle s’est laissé arrêter sans résistance : elle est gardée à vue chez elle, où son père mourant lui a pardonné.

Vingt gendarmes furent réquisitionné, par le juge d’instruction Dugniolle pour cerner et fouiller le bois avec les gendarmes d’Ath, Beloeil et Basècles. 

La victime B.......  est morte mardi matin.

L’auteur du crime, Julien M…… a été arrêté le même jour dans l’après-midi au moment où il cherchait à rentrer chez lui. Il a été dirigé vers la prison de Mons sous bonne escorte, par le train partant d’Husseignies à 4 heures. Louisa B……. a été laissée en liberté.

Le parquet de Mons a fait mercredi une nouvelle descente pour assister à l’autopsie de la victime. Celle-ci était le cousin germain du braconnier B……. tué à Stambruges en 1888 par un garde particulier et c’est son frère, qui le jour de l’enterrement du braconnier, pilla la maison du garde. On se rappelle l’affaire qui fit sensation. 

Dans l’Echo de la Dendre du 22 novembre 1891, on peut lire….

Le jury du Hainaut a eut à se prononcer sur le cas de Julien M……, maçon à Ladeuze, ayant été trouvé avec sa maîtresse Louisa B……. par le père de celle-ci, il fut assailli à coups de manche de fourche et il se défendit en tirant deux coups de révolver qui blessèrent son agresseur à la main et aux intestins. Le père B……. succomba deux jours après et M…… fut arrêté par les gendarmes dans le bois de Beloeil.

Le jury a acquitté M…… estimant qu’il s’était trouvé en état de légitime défense au moment où les coups de fourche pleuvaient sur lui.   

 

Sources: L'Echo de la Dendre (Archives de la ville d'Ath) 

25/02/2017

Photos scolaires issues de la collection de Mme Médart Madeleine, ancienne institutrice...et photos de remise des prix.

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Madeleine Debeaumont (Huissignies 14/07/1917- Huissignies 16/08/1986) fut institutrice primaire de l'école communale de 1951 à 1975.

Elle épousa Marcel Médart (1915-1961) avec qui elle eut un fils Michel (1948-2011). Elle était la fille de Victor Debeaumont (1877-1952) et de Marie Legrand (1890-1971).

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1951 Mrs Mariaulle et Clarot, Mmes Médart, Isa Derumier et Noëlle Jean

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Mme Noëlle, Mme Vandenbroeck, Mr Mariaule, Mme Médart, Mme Grumiaux et Mme Arlette Borgies

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30 novembre 1978 à l'hôtel de ville de Chièvres 

Source: Collection familiale de Mme Médart gracieusement prêtée par Marie-France Thésin, veuve Michel Médart.  

 Les remises des prix (ou distribution des prix) *

Après la guerre et jusqu'au début des années 70, l'incontournable cérémonie des remises des prix et des bulletins organisée par les écoles communales se déroulait à la salle des fêtes du trieu le dernier samedi du mois de juin.

La "distribution des prix" consistait à la remise du bulletin annuel accompagnée de prix, livres gracieusement offerts par l'administration communale du village. Cette cérémonie était précédée par un spectacle de scénettes et chansonnettes soigneusement préparé par les différentes classes sous l'égide de leurs institutrices et instituteurs respectifs. Ces derniers redoublaient chaque année de créativité pour offrir aux parents un spectacle de qualité. Mme André accompagnait au piano les chants des élèves. La fanfare participait aussi à cette fête en assurant les intermèdes.

* En patois local: Eul rendition des prix.

Voici quelques photos de ces remises des prix (Collections diverses)........

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1956 "La belle époque" (Michel Médart et....?)

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1953 "La complainte des petits vieux"

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1954 "Naissance du printemps"

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1954 "Chinois, chinoises"

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1957 "Le ballet des roses et des guirlandes"

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1957 Peter Pan

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1958 "Le beau Danube bleu"

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1958 "Le beau Danube bleu"

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1958 Les indiens

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1959 "La fête des cerisiers japonais"

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1959 Les facteurs

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1960 "Le ballet des midinettes"

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1960 (Michel Médart, Jean Paul Vandevelde, André Dessoignies)

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1960 "Rayons de soleil"

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1960 La tactique du gendarme (Bourvil)

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1961 Mon beau chapeau (Sacha Distel) et les cosaques

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1962 Le Tyrol

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1962 "Les Coccinelles"

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Alain Fagnot reçoit avec joie son bulletin et un prix offert par le bourgmestre de l'époque Albert Jaivenois entouré de ses échevins et conseillers communaux.

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JN Gosselin qui a aussi reçu son prix.

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28/01/2017

La guerre 14-18 (13): Que s'est-il passé en 1916 dans notre coin....?

A partir de début 1916, la majorité des communes disposeront d'un comité de secours. Ces derniers mettent d'abord en place une soupe populaire à destination des nombreux chômeurs; l'activité économique ayant fortement ralenti dans les mines, les usines, les carrières, les bonnetteries.. Dans certains villages, les comités de secours distribuent également des rations de farine.

Le 1er février 1916, c'est un bruit fracassant qui réveille les habitants de Mainvault. Le zeppelin LZ79 s'est écrasé sur une ferme.

Le 15 février, une rumeur mensongère se répand: les allemands réquisitionnent les porcs. Il n'en faut pas plus pour motiver la tuerie de porcs qu'on vend frauduleusement au qu'on entasse dans les saloirs.

Le 25 février, une escouade d'allemands fait visite dans les fermes pour relever des réserves de pailles, de foin, d'avoine. Le bétail est mis à la ration.

En ce mois des voleurs sévissent. Ils opèrent nuitamment enlevant lapins, poules, cochons et aussi du linge.

Le 1er avril, vers 8 heures du soir, on entend un grand bruit dans le ciel. On aperçoit dans la demi obscurité d'un ciel étoilé un "zeppelin". C'est comme un énorme cigare, il file à quelques centaines de mètres de hauteur, traversant le ciel du sud au nord ouest; il disparaît très vite. Le lendemain, à 5 heures du matin, même vacarme, même apparition.

Dans la 1ère partie de l'année, des borains en petites bandes, circulent de maison en maison, de ferme en ferme , quémandant des pommes de terre. Malgré la rareté du précieux tubercule, chacun donne ce qu'il peut. Plus tard, ils se verront forcés d'aller en Flandre. Ils repasseront, sac à dos et bien chargés. bien heureux s'ils arrivent à destination sans avoir été dépouillés par quelque gendarme.

Le 1er mai apporte une innovation: "l'heure d'été". Toutes les horloges doivent être avancées d'une heure. Motif: économie d'énergie. Les gens rechignent un peu, tardent mais ils finissent par se soumettre.

Le 5 mai, par l'effet d'un brusque changement de température, un fil télégraphique placé le long de la voie ferrée se rompt entre Ladeuze et Tongre-Notre-Dame. Ces 2 communes sont rendues responsables et punissables. Huissignies et Ormeignies sont englobées dans le châtiment. Ces 4 communes reçoivent l'ordre de faire la garde pendant 1 mois, jour et nuit, le long de la ligne. De plus, dans ces mêmes communes, la circulation est interdite après 7 heures du soir. La punition prend fin le 25 mai.

Nous entrons dans une période de vexations répétées...d'après la "Kommandatur", les déclarations d'avoine ne correspondent pas à la réalité. La présence de quelques grains d'avoine observée dans la nourriture des animaux devient pour le fermier l'occasion d'une forte amende.

Le rythme des réquisitions s'intensifie. Partout les allemands enlèvent les métaux, les laines, les matelas et les chevaux.

Malgré les nombreuses initiatives de solidarité mises en place, les restrictions alimentaires toujours plus importantes provoquent une hausse du maraudage. Les cultures font l'objet de vols fréquents à tel point que les autorités doivent engager du personnel afin de patrouiller dans les champs. 

Le 19 septembre, tous les chevaux doivent se trouver à 2 heures au trieu, des belles juments seront saisies. Le 8 novembre, nouvelle saisie de 8 chevaux à Aubechies.

A Beloeil, des repas scolaires sont distribués pour 250 enfants depuis le 1er octobre.

Notre région se trouve dans la zone d'organisation militaire allemande dite des "Etapes" cad zone tampon proche de front et administrée par les officiers militaires allemands présents sur place. Dans la zone dite d'étape, les restrictions de liberté sont plus importantes qu'ailleurs en Belgique. Le 1er octobre 1916, Wadelincourt devient frontière d'étape (cad à la limite de la zone dite d'étape et de la zone dite "du gouvernement général") et un poste de garde y est installé. Un officier allemand y résidera jusqu'à la fin de la guerre.

Les très jeunes enfants ne sont pas oubliés et sont aidés grâce à l'oeuvre de "la goutte de lait". Des comités se forment en vue de collecter le lait dans les fermes. Durant la guerre, les oeuvres de l'aide à l'enfance marcheront si bien qu'elles perdueront sous le nom d'"Oeuvre nationale de l'enfance", ancêtre de l'actuel "Office de la naissance et de l'enfance".

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Dans les 1ers jours de novembre, une rumeur parle de réquisition d'hommes...tout le monde vit dans l'anxiété.

Fin octobre 1916, les premières déportations de main d'oeuvre ouvrière commencent à Mons. Au total, 120.000 subiront ce sort, 2614 d'entre eux mourront en déportation. 

Le 22 novembre, tout le beurre est saisi pour le ravitaillement.

Le 10 décembre, l'éclairage fait défaut. Plus de carbure, plus d'essence. On s'éclaire avec la graisse du ravitaillement.

Le 31 décembre, durant toute la nuit, une pluie abondante tombe sans discontinuer. Le matin, la Hunelle déborde sur la rue de l'église et la rue des Hauts Arbres est envahie par 75 cm d'eau. 

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Sources: "L'histoire de Ladeuze" de l'abbé Demeuldre et "Beloeil à l'heure allemande 1914-1918" de Valentin Malfait.

29/12/2016

L'empoisonneuse de Husseignies: l'affaire la plus machiavelique de l'histoire du village...

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Extrait de "L'Echo de la Dendre" du 21 juin 1877

Husseignies. - La dernière semaine, un vieillard de cette commune, M. Napoléon  D., rentier, mourait à l'âge de 70 ans; des bruits d'empoisonnement ayant circulé, le bourgmestre fit surseoir à l'inhumation et prévenir le parquet: une descente de justice a eu lieu, et, après l'autopsie du cadavre une arrestation a été opérée.

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Extrait de "L'Echo de la Dendre" du 16 août 1877

Les empoisonnements d'Husseignies - On écrit de Ladeuze à L'Etoile. C'est à Husseignies, village situé sur le chemin de fer d'Ath à Blaton, que les faits se sont passés.

  • Le 31 juillet, mourait dans cette commune un propriétaire cultivateur nommé Napoléon Demarlière. Il avait, disait-on, succombé en quelques heures à des douleurs d'entrailles accompagnées de vomissements. Cette mort si inattendue et entourée de circonstances si anormales avait éveillé des soupçons. On se glissait à l'oreille le mot empoisonnement, et l'on accusait tout bas la veuve Duvivier, fille de Napoléon, d'avoir fait mourir son père par le poison.
  • Le garde-champêtre du village, justement inquiet de l'accusation grave qui circulait dans le public, se rendit à Chièvres, chez le juge de paix du canton, et lui raconta ce qui se passait.
  • Celui-ci informa aussitôt le procureur du roi, qui se rendit le lendemain sur les lieux accompagné de la gendarmerie et de deux médecins légistes. On procéda à l'autopsie du cadavre, et les entrailles de la victime, renfermées dans des bocaux, furent transportées à Mons pour être soumises à l'analyse chimique. C'était le 2 août. Le 3, une enquête judiciaire eut lieu à la suite de laquelle M. le procureur du roi délivra un mandat d'arrestation contre la veuve Duvivier. Elle traversa le village entre deux gendarmes et fut incarcérée le jour même à la prison de Mons.
  • Une nouvelle descente de justice eut lieu le jour suivant. La mort étrange du frère de l'accusée, décédé il y a deux mois; celle de son mari, mort il y a dix mois; celle de son oncle, riche célibataire, enlevé subitement il y a deux ans, à la veille du jour où il devait se marier: enfin les révélations graves qui furent faites pendant l'enquête sur les tristes antécédents de la veuve Duvivier apprirent bientôt à la justice que cette malheureuse pouvait avoir commis quatre crimes d'empoisonnement. On procéda successivement à l'exhumation et à l'autopsie des trois cadavres. Le père, Jules Demarlière avait été enterré dans le cimetière d'Husseignies; le mari Florent Duvivier et l'oncle, François Demarlière reposaient dans le cimetière de Tongre-Notre-Dame. C'est dans cette commune qu'auraient été commis les deux premiers crimes. 

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  • On ne connait pas encore dans le public les résultats des recherches de la science pour découvrir le poison dans les viscères des victimes; mais s'il faut en croire tout ce qui se dit et se répète sur cette triste affaire, les annales de la cour d'assises de Mons, déjà si tristement célèbres, pourront prochainenent enregistrer les détails lugubres de ce drame en quatre actes, dont le triste héros est une femme, une mère de famille!
  • Il est impossible de dépeindre la pénible émotion causée chez les habitants de ce pays par la découverte de quadruple crime. 

Extrait de "L'Echo de la Dendre" du 25 octobre 1877

Husseignies.- L'instruction de l'affaire de Husseignies est presque terminée; d'après une rumeur qui circule, les empoisonnements auraient été pratiqués à l'aide de l'arsenic: on croit que l'affaire pourrait être mise au rôle des assises de novembre.

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Extrait de "L'Echo de la Dendre" du 1 novembre 1877

L'ouverture des assises du Hainaut aura lieu le 11 février 1878, sous la présidence de M Le Conseiller Bahut du Mares. - L'affaire des empoisonnements de Husseignies sera jugée pendant cette session.

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Extrait de "L'Echo de la Dendre" du 31 janvier 1878

Chronique judiciare - Cour d'assises du Hainaut - Condamnation à mort de: L'empoisonneuse d' Husseignies.

C'est la semaine dernière qu'ont eu lieu à Mons les débats relatifs à cette affaire dont on a beaucoup parlé dans nos contrées.

Flore Demarlière, nos lecteurs ne l'ont pas oublié, est accusée d'avoir commis, avec intention de donner la mort, des homicides volontaires sur son mari, son frère, et son père, et des tentatives d'homicide volontaire sur sa mère et sur Louise Demarez, Eugène Demarez, Marie Fontaine, Jules Brooms, François Debruxelles et Palmyre Demarlière. 

Flore Demarlière s'est présentée à l'audience avec un aplomb extrême; c'est une femme d'une cinquantaine, un peu bouffue, haute en couleur et qui ne semble pas détester le petit verre; elle s'occupe plutôt d'arranger sa toilette que de ce qui se passe autour d'elle et regarde le public avec assurance. Elle a nié avec tenacité tous les empoisonnements dont elle s'est rendue coupable.

Soixante témoins sont venus corroborer les faits contenus dans l'acte d'accusation. Les débats ont été très animés entre les médecins légistes et ceux produits par la défense, comme entre le ministère public et l'avocat Pichnèque chargé de la défense.

Malgré les efforts de celui-ci le verdict du jury rendu jeudi soir a reconnu coupable d'empoisonnement sur son mari, son père et son frère, la femme Demarlière qui a été condamnée à la peine de mort.

La condamnée s'est levée au prononcé de cette sentence, a dit qu'elle était innocente et qu'avant un mois ce jugement injuste serait cassé.

Ramenée dans sa cellule, elle aurait dit: " Pas une larme, pas un regret, montrons que nous avons du courage et Dieu ne nous abandonnera pas."

Comme le dit un confrère de Mons, cette femme, ou est un monstre ou est une folle. 

Extrait de "L'Echo de la Dendre" du 4 avril 1878

Chronique judiciaire.

La trop célèbre Flore Demarlière, veuve Duvivier d'Husseignies, s'était on le sait pourvue en cassation contre l'arrêt de la cour d'assise de Mons qui l'avait condamnée à la peine de mort comme coupable d'un empoisonnement par l'arsenic, sur la personne de son père, de son mari et de son frère et de tentatives d'empoisonnement sur plusieurs autres personnes de son entourage. La cour suprême (section criminelle) présidée par M. De Longé, s'est occupée de cette importante affaire dans une de ses récentes séances et elle a maintenu la sentence prononcée par la cour d'assises et condamne Flore Demarlière aux frais de l'instance.  

Sources: L'Echo de la Dendre - Archives de la ville d'Ath

Extraits:

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D'autres organes de presse ont également relayé cette triste affaire: Le Courier de l'Escaut, l'Echo du Parlement, le Bien Public et la Meuse. Vous pouvez retrouver des extraits de ces médias dans le document qui suit. (Issus du site de la Bibliothèque Royale de Belgique KBR / Journaux numérisés) 

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Et pour terminer l'année, un clin d'oeil à André Dequiper qui nous a brusquement quitté il y a quelques semaines; il aurait eu 64 ans ce 30 décembre.....  

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André est assis au 1er rang, le 4ème garçon à partir de la droite (Photo de 1961)

Il était le fils d'Oscar Dequiper (1929-2000) et d'Eliane Depauld.

 

26/11/2016

Louisa Delcourt, la centenaire de 1970...le 4 octobre 1970, c'est la fête au village!

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Louisa naquit le 1er octobre 1870 à Ladeuze à la rue du Hameau, elle était la fille d’Emerille et de Joséphine André.

Elle effectua ses écoles primaires à l’école des religieuses de Tongres-Notre-Dame; elle se plaisait à rappeler qu’elle s’y rendait en sabots.

Elle entama son adolescence en entrant en service à Chièvres, mais très vite ses parents la rappelèrent pour travailler à la ferme familiale. En même temps, elle effectuait des services à la ferme voisine où elle y travaillait pour 80 centimes (francs belges) la journée. Elle y effectuera toutes les tâches de la ferme de l’époque: par ex piquetter, tirer le lin, faire jusqu à 11 charretées de paille en une journée.

Elle se marie avec Oscar Baugnies (dit Eul Gris) le 3 mai 1905 et vient habiter à Huissignies au lieu dit « les coucous » à la rue des Hauts Doignons où les époux exploiteront une petite ferme.

Ils eurent 2 enfants, Léon qui épousa Simone Duquesne et Marcel qui épousa Solange Coupez et 1 petit-enfant Jean Baugnies.

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C'est au lieu-dit "Les Coucous", au fond de l'impasse de la rue des Hauts Doignons que vécut Louisa. 

 

      Une superbe fête est organisée par la commune de Huissignies le dimanche                                                    4 octobre 1970….

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Dès 9H30, un cortège se forme sur le Trieu avec la participation de la royale fanfare communale, des écoles et d’autres sociétés locales. Le cortège se dirige vers « les coucous » au domicile de la centenaire qui prend place dans une BMW conduite par Mr Depotter, garagiste de Vaudignies.

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Cécile Assoignons, jeune majorette de la fanfare remet des fleurs à Louisa sa voisine

Le cortège se rend à l’église où un office est célébré par l’abbé Delire, curé honoraire de la paroisse et l’abbé Meerschaut, curé de l’époque. Au cours de la messe dans une église comble l’abbé Meerschaut rappelle les nombreux pélérinages que Louisa effectua dans sa vie et spécialement durant la guerre 14-18.

Après la messe, le cortège part vers les écoles remarquablement garnies où le conseil communal de Huissignies accueille la jubilaire. La fanfare et les majorettes exécutent de magnifiques parades sur le Trieu.

La bourgmestre de la commune Jeanne André au nom du conseil communal et de la population prend la parole : « Vous êtes ma chère Louisa la vedette de l’actualité, une belle centenaire qui a un cœur de 20 ans; et vous aimez tant raconter les anecdotes de votre bon vieux temps. Vous êtes une dure au caractère heureux; à l’âge de 82 ans vous disiez « je ne sais pas vieillir » et à l’âge de 95 ans avec ardeur et courage, vous guérissiez d’une cassure du col du fémur ».

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Louisa entourée de sa famille

La bourgmestre lui remet ensuite un magnifique fauteuil, des fleurs et une photocopie de son acte de naissance. Elle lit ensuite une lettre adressée par le roi Baudouin et la reine Fabiola qui s’associent à cette journée. Elle recevra des souverains une bonbonnière en argent. Louisa reçoit également des cadeaux du Crédit Communal, de l’association des commerçants et de la royale fanfare.

Un vin d’honneur est ensuite servi en son honneur.... y sont présents: le bourgmestre et ses échevins: Jacques Houx, échevin de l’instruction publique, René Fauquet échevin des travaux, Marcel Labie échevin des finances, ainsi que les conseillers communaux; Hector Labie, président des déportés, Albert Jaivenois président des anciens combattants, Maurice Gévas, président des LFNJF, Irma Houx présidente des commerçants et Jean Dulac, sénateur et bourgmestre de Beloeil.

L’après-midi, un festival de musique regroupant les fanfares de Huissignies, Ladeuze, Vaudignies et Chièvres se déroule à la Marcotte. A la fin de l’après-midi, la jubilaire remit au chef de chaque fanfare un fanion portant la mention: « Centenaire de Louisa Delcourt Huissignies 4 octobre 1970 ».

A 20 heures, des feux d’artifice furent tirés près du domicile de Louisa "aux Coucous" à la rue des Hauts d’Oignons .

La journée se terminera par un bal en la salle des fêtes du Trieu animé par un tout jeune orchestre local(*).

Louisa ouvrit même le bal avec son petit-fils Jean Baugnies sous les applaudissements nourris de la foule estimée à 800 personnes.

Louisa meurt le 10 mai 1973 à son domicile à l’âge de 102.5 ans....De mémoire d’archive, personne n’a jamais vécu aussi vieux à Huissignies.

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L'ancien corbillard de Huissignies, descendant la rue des Hauts Doignons, emmène Louisa vers sa dernière demeure

(*) orchestre formé par les jeunes de la fanfare : Chantal et Francis Degouys, Jean Pierre et Michel Houx et Eddy Tilly.

Sources : « Courrier de l’Escaut » et « Nord Eclair » et avec l'aide de Suzanne Duquesne.

29/10/2016

In Memoriam Michel Baugnies (1927-2016)

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                                                        A l'église de Huissignes - Journée du patrimoine 2012

Michel est né à Canteleux le 31 décembre 1927, fils de René Baugnies (1893-1957) et de Jeanne Cousin (1896-1984) qui exploitaient une ferme dans ce hameau de Huissignies. Il avait un frère de 2 ans son aîné.

Il fera son école primaire à Beloeil et poursuivra sa scolarité à l’institut provincial d’horticulture de Tournai d’où il sortira diplômé à la fin de la 2ème guerre mondiale.

Il exercera la profession de jardinier-horticulteur durant toute sa vie active. 

Dès sa tendre enfance, il sent battre de façon particulière le cœur de son terroir; enraciné à sa terre natale, il en percevra tous les aspects historiques, humains et politiques. 

Très jeune, les dires des anciens de Canteleux l’intriguèrent; ces derniers prétendaient remonter des éléments de toute nature lors des travaux de labour des champs aux Mervaux. Un jour, il voulut en avoir le cœur net; il prit sa pelle et sa pioche et commença à en investiguer le sol. Ainsi naquit sa passion pour l'archéologie.

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Ses recherches ne furent pas vaines, il mettra à jour avec l'aide d’autres archéologues un oppidum, un camp fortifié, des bas-fourneaux et quelques tombes gallo-romaines.

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Intéressé par la vie de nos ancêtres, il écoute avec attention lors des longues soirées d'hiver les abondantes racontes de ses aïeux et des anciens de Canteleux qui eux-mêmes remontaient le temps. Ainsi naquit sa passion pour l’histoire locale.

Ses investigations d’archives locales et régionales sont incommensurables, les heures passées aux archives d’Ath et de Mons sont incalculables.

Il sauvera des flammes les archives de la commune de Huissignies, archives traitées avec négligence et inconscience lors du transfert vers Chièvres suite à la fusion des communes en 1976!

Grâce à sa mémoire exceptionnelle qui restera intacte jusqu’au bout, il enregistrera le moindre détail de façon étonnante; son esprit était une abondante bibliothèque, sorte de disque dur de mémoire de plusieurs siècles. 

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Aux Mervaux, sur les terres de son enfance en 2013

Les extraits d’archives et annotations diverses puisées ci et là, recopiés patiemment avec une écriture calligraphique ont finalement permis un travail de transmission d'histoire et de mémoire locale via  le site « Huissignies Rétro » que j’ai créé avec lui en 2013. De nombreuses rubriques postées à ce jour ont trouvé leur inspiration dans ces travaux de recherche.   

Guide en temps et heure au musée du pain de Grosage, il est aussi parmi ceux qui ont créé l'association de la sauvegarde du patrimoine en 1980 qui donnera naissance ensuite au musée de la vie rurale.

Epris de justice, respectueux de son prochain, homme de bonté, la devise de Michel était « Paix aux hommes de bonne volonté ».

Il s'en est allé le 12 octobre dans la paix, la discrétion et la sérénité comme il a vécu.

Son esprit lucide qui n’avait pas pris une ride me laissait espèrer qu’il puisse encore rester parmi nous quelques années....il est parti plus vite que je ne l'aurais imaginé !

Il avait épousé Marcelle Marchal (1930-2000), gaumaise d'origine avec qui il eut une fille Corinne, elle même maman d'un fils Kevin.

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                    En vacance dans le Var en 2014

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